Mercredi, 19 juin 2013

Le pari de la grève

MARDI 04 SEPTEMBRE 2012

C’est un combat difficile qu’ont relancé hier les syndicats de la fonction publique genevoise. Le projet de réforme-fusion des deux grandes caisses de pension du secteur (CIA-CEH) en préparation au Grand Conseil est une potion extrêmement amère, concoctée sur la base d’une recette sans nuance: baisses de prestations, hausses des cotisations, reculs démocratiques. Mais en annonçant une demi-journée de grève, le 13 septembre, à l’heure où le contribuable est appelé à recapitaliser les deux caisses, le Cartel de la fonction publique prend le risque de braquer la population. Un choix cornélien. Au commencement, il y a la réforme des fonds de prévoyance voulue par Berne en 2010, qui impose aux caisses un taux de couverture de 75% en 2030. Soit davantage que les résultats actuels de la CIA (54%) et de la CEH (71%), qui ont vu, comme d’autres, leurs performances plombées par l’éclatement de la crise financière. Compte tenu de la courbe démographique, la nécessité de réagir n’a guère été contestée par les affiliés. Mais pas dans les conditions voulues par la majorité de droite du canton: relèvement à 64 ans de l’âge de la retraite, abandon partiel de la double part patronale, hausse brutale des cotisations, indexation non garantie, etc., etc. Parmi les employés de l’Etat, le sentiment d’injustice est réel. Contrairement aux trompettes embouchées par la droite, la CEH et la CIA sont bien gérées, jamais elles n’ont mis en danger les rentes de leurs affiliés. Privilégiant des investissements durables, notamment dans la pierre, elles sont moins exposées que la plupart des fonds de prévoyance. De même, leur système mixte – mi capitalisation, mi répartition – les protège quelque peu des aléas boursiers. Autant de particularités que la froide comptabilité fédérale a refusé de prendre en compte. A droite, l’occasion a fait le larron. Au compromis négocié entre une partie des syndicats et l’exécutif, la commission du Grand Conseil a préféré des mesures d’une telle dureté, disproportionnée, que l’on vient à se demander si la majorité n’a pas sciemment chargé la barque pour provoquer le conflit. Comptant sur l’impopularité présumée de la fonction publique et sur le caractère technique du sujet pour triompher de son adversaire. Et affaiblir encore davantage le mouvement syndical. D’autant qu’avec les règles imposées par la droite fédérale, le contribuable genevois n’aura d’autre choix que de payer une part de cette facture salée. Le Conseil d’Etat l’a malignement rappelé hier dans un communiqué fort à-propos. Face à ce piège, les syndicats ont choisi le tout pour le tout, espérant qu’une demi-journée de grève permette de provoquer un débat public et ouvert sur cette affaire. Et de préparer ainsi le référendum qui s’annonce inévitable. Ils n’avaient sans doute pas d’autre choix.

 
Le Courrier
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