«Si je mords, je ne lâche plus»
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OLIVIER COTTAGNOUD • Le président du Syndicat autonome des postiers en Valais est un fonceur. Une société de travail temporaire l’a appris à ses dépens. Mais les autres syndicats ne sont pas épargnés.
Sur la terrasse de ce café à Vétroz, Olivier Cottagnoud vous regarde droit dans les yeux: «Si je mords, je ne lâche plus. J’ai la réputation d’aller jusqu’au bout des choses.» Récemment, lui et son Syndicat autonome des postiers (SAP) ont planté leurs canines dans les mollets de la société Das Team. Et ils ne se sont pas contentés du premier arrangement venu. Explications.
«Depuis des années, La Poste a externalisé la responsabilité de ses nettoyages. Elle l’a confiée à InfraPost qui, à son tour, mandate des entreprises de travail temporaire», décrit Olivier Cottagnoud. Parmi elles, on retrouve Das Team, qui impose des conditions particulières aux personnes qu’elle engage. «Il y a eu cette dame, payée 22 francs de l’heure, qui devait se déplacer de Sion jusqu’au Châble. Das Team refusait de lui payer ses déplacements. Pourtant, il s’agit d’une obligation inscrite dans la convention collective. Les entreprises qui travaillent pour La Poste s’engagent à la respecter», souligne Olivier Cottagnoud.
En juillet 2010, le SAP porte le cas devant le Tribunal du travail à Sion. «Sur le fond, ce sont des bons types. Pourtant, le juge ne nous écoutait pas, posant des questions à notre adhérente sur la contenance de son réservoir.» Verdict: Das Team doit régler 840 francs et 70 centimes à la plaignante. Pas assez pour le SAP, qui monte au Tribunal cantonal. Le 17 juillet 2012, la sanction tombe: on passe à 2558 francs pour les déplacements, plus les charges sociales, plus d’autres frais. En tout, cela dépasse les 5000 francs. «C’est le quatrième cas de ce genre où nous gagnons devant la justice. La Poste n’aime pas la médiatisation autour de ces affaires. Moins il y en a dans la presse, mieux elle se porte. Les autres syndicats ont délaissé ce travail sur le terrain. Ils disent avoir d’autres chats plus importants à fouetter», déplore Olivier Cottagnoud.
Ce reproche, les «collègues» syndicalistes ne peuvent pas le laisser passer. «Les récents conflits que la Suisse romande a connus, comme Merck Serono, montrent de manière assez éloquente la présence constante et active des syndicats sur le terrain», réagit Fernand Quartenoud, porte-parole de l’Union syndicale suisse.
La dent dure
Le SAP est reconnu par La Poste comme «organisme représentant les collaborateurs et les collaboratrices» depuis novembre 2010. Olivier Cottagnoud a la dent assez dure envers ses collègues. «J’ai été au sein du Syndicat de la communication durant douze ans. Ils sont très forts pour émettre des résolutions. Mais ils ne vont guère plus loin. Il y a une chose que je ne leur ai pas pardonnée, c’est de ne pas avoir bougé le petit doigt lorsque La Poste a déplacé certains syndicalistes. Il ne fallait pas laisser passer ça!» «Le fond de l’histoire, c’est aussi qu’Olivier, avec qui j’ai travaillé cinq ans, ne s’entendait pas du tout avec Christian Levrat qui était alors président du Syndicat de la communication. Il a fini par être radié de la liste des membres et il a fait sa petite crise en fondant son syndicat», observe Elisabeth Di Blasi, secrétaire régionale de Syndicom pour le Valais romand.
En réaction, Olivier Cottagnoud monte le SAP voici sept ans. «Je suis parti de zéro, et tout seul. On a d’abord dit que c’était un syndicat autour de La poste de mon village. Puis que j’étais de droite!», rigole Olivier Cottagnoud, membre de La Gauche dont le nom ne prête à aucune confusion idéologique.
En 2012, le SAP affiche 470 membres, dont 150 arrivés depuis douze mois. Une paille face aux 40 000 de Syndicom. «Mais eux perdent 1000 adhérents chaque année!» observe le président du SAP. «Je le trouve un peu seul dans son syndicat et il demande beaucoup de choses», relance Elisabeth Di Blasi.
D’autres dossiers préoccupent le président du SAP. Il aimerait bien que les collaborateurs récupèrent les contributions de solidarité perçues par La Poste et distribuées aux «bons syndicats». «Cela représente quand même 1 million et demi par an. Ce cas n’a jamais été traité en jurisprudence et pourtant il est sanctionné par le Code des obligations. Cela a donné des frissons au Tribunal du travail de Sion et nous n’avons pas obtenu gain de cause en Valais. Nous avons lancé une nouvelle procédure à Genève, avec un avis de droit d’un professeur d’université qui va dans notre sens.»
«Je me bats pour les autres»
Le SAP entend participer aux négociations autour de la nouvelle convention collective de La Poste. «Nous avons dit notre intérêt, les autres syndicats ne veulent pas de nous. Je leur ai écrit deux fois pour que nous collaborions, leur réponse a été ‘Circulez, y’a rien à voir!’ Mais ce n’est pas à eux de prendre la décision finale. C’est à La Poste elle-même de dire que nous ne sommes pas assez grands ou pas représentatifs.» «C’est un peu facile de nous écrire un jour pour nous dire d’être ensemble, et le lendemain de nous critiquer dans la presse», observe encore Elisabeth Di Blasi.
En ce moment, une pétition circule pour que le SAP soit de la partie. La Poste ne verra pas les noms des signataires, un notaire attestera de leur validité. Après deux heures d’interview, Olivier Cottagnoud n’a pas perdu une once d’énergie. Ironique, mordant, pétri de convictions, il précise: «Je ne me bats pas pour moi mais pour les autres. C’est mon côté idéaliste.» I
Quatre repères biographiques
Olivier Cottagnoud s’amuse à se présenter comme un «Robin des Bois de la politique». Père de trois filles, il ne fait pas ses 51 ans. Quatre activités majeures marquent sa biographie.
• Le postier: «J’ai eu l’exemple de mon père qui m’a montré ce qu’était le service à la population. Entre les Cottagnoud ou les Putallaz, du côté de ma grand-mère, cela fait six générations que nous sommes postiers. Cela a débuté en 1845. A ma connaissance, c’est un exemple assez rare.»
• Multiple champion d’Europe de tir: «J’ai été durant vingt ans membre de l’équipe suisse de tir. Cela a renforcé mon caractère de base. J’ai appris à n’avoir peur de rien. Je me suis souvent battu, en interne, contre la fédération, chaque fois que je voyais qu’il y avait une injustice de traitement ou dans les sélections.»
• Le syndicaliste: «Aujourd’hui, à 50%, les nouveaux membres du SAP viennent de Suisse allemande. Lorsqu’on va dans les grands centres postaux distribuer des flyers, on voit des collaborateurs dégoûtés des syndicats qui n’ont pas été présents lorsqu’il y avait de grands combats à mener. C’est ce qui explique la baisse d’adhérents actuels.»
• Le cofondateur de la Gauche valaisanne alternative (GVA): «Le PS n’est plus vraiment de gauche, il est devenu un parti social libéral. Il fallait proposer autre chose avec de nouvelles personnes. L’automne passé, j’ai voulu jouer le jeu et me présenter comme candidat au Conseil des Etats. J’ai fait 1,3%, c’est minable! J’ai été victime du vote utile.»





