Françoise Chappaz, vingt-cinq ans de militance environnementale
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

HOMMES ET FEMMES D’INFLUENCE (VI) • La secrétaire du WWF Genève œuvre avec constance pour l’environnement. Et dans la bonne humeur.
Françoise Chappaz, c’est d’abord un rire, une sorte de croisement transgénique entre un loup-garou affamé et le vacarme de la septième de Beethoven. «Un copain de la télévision m’a proposé de l’enregistrer et d’un faire un DVD que l’on mettrait en vente, les gens qui vont mal pourraient se le passer pour retrouver la pêche», raconte-t-elle.
De fait, de l’énergie, elle en à revendre, la République en sait quelque chose. Françoise Chappaz, secrétaire générale du WWF Genève, a coordonné durant des années les recours déposés contre le surgénérateur de Creys-Malville. Pas facile de mettre autour d’une même table collectivités publiques, gauchistes et autres activistes, professeurs d’université et défenseurs de l’environnement.
Elle a aussi sifflé le hors-jeu durant la législature monocolore (1993-1997), lorsque le Conseil d’Etat s’asseyait de tout son fondement sur le droit en matière d’aménagement. A coup de recours elle avait renvoyé dans les cordes l’exécutif fantasque de l’époque.
Depuis, tout est calme sur ce front: «Le WWF n’a qu’un recours sur le feu». Effectivement. Mais pas des moindres, puisque l’organisation écologiste s’oppose au projet de Plage des Eaux-Vives – elle refuse l’idée des remblais –, bloqué depuis deux ans à la suite d’un recours de sa part.
Bête noire...
Un combat impopulaire mais ce n’est pas pour effrayer la bouillante secrétaire générale du WWF. Elle qui avait bravé les foudres populistes – la campagne qui avait été menée contre elle a frisé le lynchage – en s’opposant au projet de stade de la Praille. Une faillite plus tard, elle peut ricaner devant le paquebot de béton envasé qui dépérit en l’absence d’équipe fanion.
Reste que ce n’est pas dans l’opposition qu’elle est le plus à l’aise. Elle siège dans plusieurs commissions administratives –notamment la CMNS (Commission de la nature des monuments et des sites) et continue d’animer la Coordination énergie, un regroupement des partis de gauche, des syndicats et des associations actifs sur ce dossier.
... ou animal urbain?
«Ce qui m’importe, c’est de faire avancer les dossiers.» Si le WWF est une organisation de protection de la nature, une partie importante du travail de Françoise Chappaz aujourd’hui est urbain. A savoir la mise en œuvre du projet «One Planet Living», la promotion du label des écoquartiers.
Ce dernier a d’ailleurs été allègrement pillé par les milieux immobiliers lors de la campagne en faveur du déclassement des Cherpines. «Nous avons porté plainte mais nous avons perdu car nous nous étions adressé à la mauvaise instance judiciaire», déplore-t-elle encore choqué par l’outrecuidance du lobby immobilier. «C’est un comble, c’est la police qui nous avait indiqué où nous devions nous adresser.»
Dossier du PAV
Mais l’essentiel est ailleurs: «Il faudra bien que Genève qui se veut capitale de l’environnement puisse enfin avoir un écoquartier.» Ses efforts de lobbyiste visent à inscrire cette revendication au cœur du projet PAV (Praille-Accacias-Vernets). Ce n’est pas gagné. Mais elle n’est pas du genre à lâcher l’os.
Quelles sont les qualités nécessaires pour être à ce poste? «Il faut être capable de réunir des personnalités très diverses, les faire travailler ensemble, avoir l’esprit de synthèse.» Et avoir de la mémoire. «Cela fait vingt-cinq ans que je suis certains dossiers, il est plus difficile de me faire prendre des vessies pour des lanternes aujourd’hui qu’à mes débuts».
Mémoire vive
Ainsi, lorsque l’Etat annonce sa volonté de construire une nouvelle route entre l’échangeur du Bachet-de-Pesay et le pied du Salève, «je me rappelle qu’on n’a pas encore fini de réaliser toutes les mesures de compensation prévues pour l’autoroute de contournement inaugurée en 1993; alors, lorsqu’on parle de rogner sur celles qui ont été mise œuvre, j’ai de quoi me méfier.»
Comment ne pas s’essouffler? «Je cloisonne mes activités, ainsi il faut se fixer l’objectif de ne pas lire le journal du WWF le dimanche», ironise-t-elle. Lorsqu’elle a un moment de libre, c’est à la Documenta de Kassel ou à Venise que cette fondue d’art moderne file pour se ressourcer. Ou en cuisinant des repas monochromes inspirés par la plasticienne Sophie Calle. I





