Les auteurs à la barre
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RENTREE LITTERAIRE Du 7 au 9 septembre, plus de 300 auteurs sont attendus à Morges pour la 3e édition du Livre sur les quais. Les Editions Noir sur Blanc y fêteront leurs 25 ans avec plusieurs de leurs écrivains, dont Mariusz Wilk.
Comme chaque année, en France, entre fin août et début octobre, la rentrée littéraire met sur le marché des centaines de titres avant les grands prix de l’automne: 646 romans français et étrangers paraîtront ces prochaines semaines – contre 654 en 2011. Face à cette déferlante, les éditeurs romands ont pris l’habitude d’attendre un peu avant de lancer leurs titres. Mais Le Livre sur les quais semble avoir changé la donne, qui se profile comme l’événement incontournable de la rentrée romande. Sa 3e édition a pris une ampleur inégalée: du 7 au 9 septembre prochain, le «seul salon d’auteurs de Suisse romande», selon les organisateurs, invite à Morges plus de 300 écrivains qui prendront part à environ 120 rencontres sur terre, sur les rails et sur l’eau! Croisières littéraires, tables rondes et lectures sont au programme dans une douzaine de lieux de la cité vaudoise, tandis que la grande tente installée sur les quais, face au lac et aux montagnes, accueille cette fois encore la librairie et les séances de dédicace.
«Le Livre sur les quais s’est déployé cette année», confirme Sylvie Berti Rossi, coordinatrice de la manifestation. A la différence du Salon du livre de Genève, l’événement entend offrir une vitrine d’abord aux auteurs, non aux éditeurs ou aux libraires, et se concentre «sur les échanges entre les écrivains et leur public, hors des traditionnelles dédicaces. Nous voulions que la majorité des auteurs – de littérature ou non – puisse participer à des rencontres.» Celles-ci sont imaginées à partir des dernières parutions du printemps et de l’automne. Un travail titanesque coordonné par Jacques Poget, ancien rédacteur en chef de 24 Heures, et mené à bien par trois personnes à temps partiel, sans compter les mandats ponctuels.
STARS ET NOUVELLES PLUMES
Présidée par l’auteure franco-canadienne Nancy Huston, cette édition mêle écrivains reconnus et nouvelles plumes, prose et poésie, auteurs d’ici et d’ailleurs, contribuant aussi à tisser des liens entre les auteurs eux-mêmes – une dimension très appréciée par les concernés, selon Sylvie Berti Rossi. Directeur des Editions d’en bas, Jean Richard abonde: «Il s’agit d’une manière originale et forte de rencontrer le public dans un lieu convivial; les auteurs connus ne sont pas privilégiés, et les discussions réunissent des écrivains qui n’auraient jamais eu l’occasion d’échanger: une mixité étonnante, parfois détonante, mais jamais sans intérêt.»
Le Livre sur les quais donne ainsi une belle visibilité aux auteurs romands, qui seront plus d’une centaine1. Ils côtoieront quelques «stars», dont certaines ouvriront les feux le vendredi soir (Nancy Huston, David Foenkinos, Douglas Kennedy, Marc Levy et Clémentine Célarié), ainsi que les Français Patrick Deville, Véronique Olmi, le Prix Goncourt 2011 Alexis Jenni, ou encore Scholastique Mukasonga et Alain Mabanckou. Sans oublier les Belges Jean-Luc Outers et Patrick Roegiers: la Wallonie-Bruxelles est l’hôte d’honneur de cette édition, ce qui donnera l’occasion de s’interroger sur les relations entre différentes régions linguistiques.
«Nous voulons également renforcer le dialogue entre des langues et des cultures», poursuit Sylvie Berti Rossi. En 2011, Le Livre sur les quais s’ouvrait à la littérature anglo-saxonne. Cette année, huit rencontres en anglais sont au programme, notamment avec Douglas Kennedy et John Vaillant. A leurs côtés, des écrivains italiens, d’Europe de l’Est et d’Orient, via les Editions Noir sur Blanc qui fêtent leurs 25 ans (lire page suivante). Enfin, la littérature alémanique et suisse italienne n’est pas en reste, avec quelques grands noms comme Alex Capus (Léon et Louise), Peter Stamm (Au-delà du lac), Mikhaïl Chichkine (Deux heures moins dix), Fabiano Fabiano Alborghetti (Registre des faibles) ou Arno Camenisch (Derrière la gare). Cette ouverture aux autres langues sera par ailleurs thématisée lors de tables rondes autour de la traduction. «La Suisse est multilingue: le salon de Morges aborde cette particularité et entend favoriser les échanges», ajoute Sylvie Berti Rossi.
Le Livre sur les quais prendrait-il le chemin des lectures d’auteurs, si populaires en Suisse alémanique? «Il y a plus de lectures qu’auparavant, ainsi que des lectures musicales et des performances. Je pense notamment au collectif Bern ist überall. Mais le cœur des rencontres est surtout constitué de discussions.» Les débats abordent des thèmes récurrents autour du processus de création – genèse des personnages de fiction ou lien à l’autobiographie –, actualisés selon les livres de la rentrée. «Il y aura ainsi des thématiques comme le colonialisme, l’Afrique et le monde arabe, ainsi qu’un volet ‘philosophie et art de vivre’, avec des auteurs comme Luc Ferry et Alexandre Jollien, ou encore ‘architecture et design’.»
UNE «FETE DU LIVRE»
Pour Jean Richard, le Livre sur les quais s’avère un «excellent tremplin pour la relance de livres parus et pour le lancement de la rentrée éditoriale de l’automne, au même titre que le Salon du livre de Genève pour celle du printemps. Les ventes sont meilleures au Livre sur les quais que dans les autres salons.» Aux Editions Zoé, Caroline Coutau ne voit en revanche pas de réel impact sur les ventes. «Morges n’offre pas une meilleure visibilité aux auteurs romands que le Salon du livre de Genève, elle est différente, nuance-t-elle. Le Salon nous permet de nous présenter au public en tant qu’éditeur, de rencontrer les lecteurs: il est important que les deux manifestations coexistent.» Les deux éditeurs relèvent enfin que le public est attiré par le cadre extraordinaire des quais de Morges et la dissémination des rencontres dans plusieurs lieux de la ville. La manifestation est «plus une fête du livre qu’un salon fermé entre quatre murs, s’enthousiasme Jean Richard. Une belle énergie intellectuelle et émotionnelle s’en dégage! Palexpo galère un peu face aux charmes de Morges.» La ville est d’ailleurs très impliquée, grâce à des rencontres qui ont lieu avant et pendant dans des lieux comme des EMS ou les écoles; quelque 3000 élèves sont attendus vendredi.
Concrètement, Le Livre sur les quais démarre jeudi soir déjà au Théâtre de Beausobre, avec le spectacle Les Saisons, écrit et dit par Anne Richard avec l’Ensemble de cuivres jurassien: une manière de contribuer au financement de l’Association Le Livre sur les quais, et de soutenir la manifestation qui entend rester entièrement gratuite. Elle reçoit le soutien du canton de Vaud, des Villes de Morges, Lausanne et Genève, et de plusieurs fondations. «Notre budget est de 600 000 francs, précise Sylvie Berti Rossi. Si on y ajoute les partenariats et facilités qui diminuent les coûts, ainsi que le travail des 120 bénévoles, nous sommes en réalité plus proches des 800 000 francs.» La première édition avait attiré 25 000 personnes, la deuxième entre 30 000 et 35 000.
- 1. Impossible de les citer tous. Parmi ceux qui publient lors de cette rentrée littéraire, contentons-nous de mentionner Catherine Safonoff (Le Mineur et le canari), Douna Loup (Les Lignes de ta paume), Jean-Michel Olivier (Après l’orgie), Marie Gaulis (Le Rêve des Naturels), Anne-Sylvie Sprenger (Autoportrait givré et dégradant), Metin Arditi (Prince d’orchestre), Joël Dicker (La Vérité sur l’affaire Harry Québert), Antonio Albanese (Le Roman de Don Juan), Amélie Ardiot (Malinconia) et Quentin Mouron (Notre-Dame-de-la-Merci).
Le rapport attendu de la Comco
La nouvelle est tombée le 17 août, au creux de l’été: la Commission de la concurrence (Comco) a rendu son projet de rapport sur le marché du livre en Suisse romande et veut sanctionner treize diffuseurs. Selon son enquête, ils se sont accordés sur les prix de revente des ouvrages importés (plus de 80% en Suisse romande) et pratiquent des taux de change défavorables. Ils ont donc conclu des accords illicites selon la loi sur les cartels. Le texte propose de leur interdire de fixer les prix de revente des livres écrits en français, et dénonce les tabelles de conversion euros-francs utilisées dans la branche. Il conclut qu’aucune sanction ne doit être prononcée contre les libraires: précarisés par ce système, ils «n’ont pour ainsi dire aucun choix et sont contraints de s’entendre sur les prix de revente». Les diffuseurs ne devraient plus les empêcher de s’approvisionner directement auprès des éditeurs français, selon le rapport. Le secrétariat de la Comco propose de sanctionner dix diffuseurs par l’amende maximale, soit 10% du chiffre d’affaires réalisé en 2009, 2010 et 2011. Les trois autres écoperaient de 9%. Ils ont un mois pour prendre position. La Comco prendra sa décision définitive cette année ou début 2013. Ouverte en 2008, l’enquête avait été suspendue après le lancement du référendum contre le prix unique du livre, refusé par le peuple en mars dernier. Elle a repris après le scrutin. APD, avec l’ATS
Noir sur Blanc, 25 ans d’engagement
Anne Pitteloud
C’était en 1987, le rideau de fer déchirait l’Europe en deux; à Montricher (VD) paraissait un petit livre extraordinaire: Proust contre la déchéance, conférences au camp de Griazowietz, du Polonais Joseph Czapski. Interné dans un camp soviétique entre 1939 et 1941 avec d’autres officiers polonais, le peintre et écrivain y témoignait du pouvoir de l’esprit et de la littérature contre la barbarie. C’est le premier titre paru sous le label Noir sur Blanc. Réédité en 2011, il incarne l’ambition de la maison, qui depuis vingt-cinq ans jette des ponts entre les langues, les cultures et les peuples – de l’Europe d’abord, puis du reste du monde. Ses éditeurs? Jan et Vera Michalski, un jeune couple passionné.
EN DEUX LANGUES
Ces premiers pas donnent le ton d’une aventure que la maison fêtera à Morges avec ses auteurs – dont Mikhaïl Chichkine, John Vaillant, Mariusz Wilk, Jil Silberstein, Lea Lund ou encore Anne-Marie Tatsis-Botton, traductrice d’Oleg Pavlov. «Nous essayons d’avoir des contacts fréquents avec nos auteurs, que nous voyons lors des festivals comme à Saint-Malo ou à Morges, se réjouit Vera Michalski. Je pense que les éditeurs plus grand public développent des liens moins forts, mais nous partageons une mentalité d’insurgés et défendons une même vision.» Et de souligner aussi l’importance de la relation avec les traducteurs, passeurs essentiels.
La particularité de Noir sur Blanc est d’avoir publié d’emblée en français et en polonais, faisant connaître la littérature de l’est de l’Europe au monde francophone, et la littérature mondiale aux Polonais. «Au début, nous éditions des traductions en français de textes inaccessibles, de jeunes auteurs ou des classiques, qui n’étaient pas lus en Pologne à cause de la censure, raconte Vera Michalski. Assez vite, nous avons eu envie de publier en polonais.» Le premier livre paraît en 1988 déjà: il s’agit d’un recueil de textes de Jacek Kaczmarski, «sorte de Vladimir Vissotski polonais à la voix rauque, aux chansons contestataires». Le couple fait passer les livres en Pologne quand il s’y rend, mais ils sont surtout diffusés dans les librairies polonaises à l’étranger. «Le bureau de Varsovie s’est ouvert en 1990 seulement, après la libéralisation politique», raconte Vera Michalski. «L’image de la maison est aujourd’hui très forte en Pologne dans le domaine de la littérature étrangère.» A ce jour, 340 titres ont été publiés en polonais et 250 en français – dont 108 livres traduits du polonais.
Initialement centré sur la Pologne et la Russie dans une Europe encore divisée, le catalogue francophone s’est peu à peu ouvert à la littérature des pays voisins et de l’Orient, diversifiant ses collections. Romans et nouvelles, essais et documents, témoignages, journaux et mémoires sur des moments historiques forts – toute une littérature d’émigration et d’opposition importante dans les pays de l’Est –, reportages littéraires: autant d’axes qui dessinent au fil des ans le profil de la maison. «Nous avons développé notre collection de voyage, sur les traces de Blaise Cendrars et Nicolas Bouvier, qui est devenue une partie forte du catalogue, se réjouit Vera Michalski. Le Tigre de John Vaillant, lauréat du Prix Nicolas Bouvier 2012 au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo, est l’un de nos grands succès.» Les textes sont proposés par les éditeurs, les auteurs, les agents littéraires, le hasard des rencontres... «Il faut souvent se dépêcher, c’est très compétitif. C’était le cas pour Récits des derniers jours d’Oleg Pavlov; mais sa trilogie est si forte qu’on sait tout de suite qu’on est face à un texte important.» L’auteur russe y décrit le quotidien de soldats gardiens de camps de travail, aux confins d’un empire dévasté.
SUR TOUS LES FRONTS
Depuis le décès de Jan Michalski en 2003, Vera Michalski-Hoffmann dirige seule le groupe Libella, fondé en 2000, qui a racheté d’autres maisons. Il réunit Noir sur Blanc, Buchet-Chastel, Le Temps Apprivoisé, Phébus et Maren Sell. L’éditrice est sur tous les fronts, avec un siège en France et en Suisse, deux maisons d’édition en Pologne, la Librairie polonaise de Paris et la Fondation Jan Michalski, créée en 2004. «Je tiens à garder séparées l’activité commerciale de l’édition et celle philanthropique de la fondation, même si les deux sont portées par un intérêt pour la littérature mondiale.» La fondation a lancé le Prix Jan Michalski, qui récompense un ouvrage de littérature mondiale de fiction ou non-fiction; elle est à l’origine du projet de Maison de l’Ecriture à Montricher, dont la bibliothèque (80 000 titres prévus) s’ouvrira l’an prochain, en attendant les résidences d’auteurs. L’aventure continue...
Avec Noir sur Blanc.
• Sa 8 septembre: à 13h30, rencontre avec John Vaillant (en anglais avec traduction, Cave de Couvaloup); à 13h30, «Traduction: traduits, trahis?», avec Mikhaïl Chichkine, Anne-Marie Tatsis-Botton et Nicolas Véron (Arsenal); à 16h30, «Eternelle, la Russie?», avec Mikhaïl Chichkine, Elisabeth Barillé, Andrei Kourkov et Charles Zorgbibe (Musée Alexis Forel). • Di 9 septembre: à 15h, 25 ans des Editions Noir sur Blanc, «Coruscants voyageurs», avec Vera Michalski, Jil Silberstein, John Vaillant et Mariusz Wilk (Salle Mont-Blanc); à 15h, «Dérision et parodie», avec Lea Lund, Philippe Caubet et Antonio Albanese (Salle Sainte-Jeanne); à 16h30, rencontre avec John Vaillant (en anglais, Nouvelle Couronne).
Mariusz Wilk, émissaire d’une Russie oubliée
Teresa Wegrzyn
Profondément déçu des conséquences de la transition politique en Pologne, où il est né en 1955, Mariusz Wilk a pris il y a vingt ans une direction pour le moins inattendue: la Russie. Les Occidentaux, souligne-t-il dans ses livres, appliquent à tort leurs propres mesures à ce pays-continent euro-asiatique, peuplé de tant de nations différentes. «Depuis des siècles, on répand dans le monde entier les sottises les plus diverses à son sujet.» Pour sortir des sentiers battus, ce journaliste et ex-militant du mouvement Solidarnosc, devenu écrivain, a donc quitté la civilisation et s’est installé au Grand Nord.
D’abord sur les îles Solovki, archipel isolé de la mer Blanche, puis dans un hameau coupé de tout au bord du lac Oniego, en Carélie. De là, «comme au sommet d’une tour d’observation», il voit la Russie «en miniature et avec une netteté parfaite». Son œuvre, «une biographie écrite au jour le jour», est une chronique de sa terre d’exil, riche d’anecdotes, qu’il truffe d’épisodes historiques. Un passionnant patchwork narratif. Avant sa venue à Morges, celui qui est l’un des écrivains phares des Editions Noir sur Blanc a répondu par mail à nos questions depuis le Grand Nord russe.
MUSÉE DE LA CRUAUTÉ À CIEL OUVERT
Mariusz Wilk est intrigué par cette Russie profonde, étrangement absente des médias et des récits de voyages, qui l’interpelle. Son parcours dans la région du nord est avant tout un tracé d’innombrables rencontres avec des villageois oubliés. «Je travaille en ce moment sur le portrait d’une génération qui s’en va, de travailleurs des kolkhozes, épuisés et malades, de vieilles trayeuses et de chauffeurs de tracteurs, témoins de l’époque des plans quinquennaux et de la guerre acharnée contre Dieu. Considérée comme économiquement ridicule, la collectivisation fait partie des sujets occultés aujourd’hui. Les paysans au nord sont barrés du registre des vivants. En Carélie, les autorités s’intéressent exclusivement au profit. Le capitalisme sauvage détruit d’énormes étendues de forêts de contes de fées, poumons verts de l’Europe. Triste destin d’une région qui n’a connu ni servage, ni envahissement de la horde de Tatars.»
Ce Grand Nord russe généralement épargné par l’histoire n’a cependant pas échappé à la terreur soviétique. De sombres passages entrecoupent le carnet de route de l’auteur-vagabond parti sur les traces du passé d’un peuple martyrisé. Visite à SLON, sur les vestiges d’un camp de travail forcé et berceau du goulag, réparti sur les îles Solovki où «les champignons poussent sur les cadavres» (Le Journal d’un loup). Puis descente en bateau à voile sur le Canal de la mer Blanche, histoire de se rappeler que cette liaison maritime, inaugurée en 1933, a coûté la vie à 100 000 forçats (Portage). Toujours hanté par le crime soviétique, Mariusz Wilk vivra une autre expérience bouleversante, relatée dans ses notes de voyage Sur les pas des rennes: son séjour chez les Saamis, seuls survivants de mystérieux nomades et bergers de rennes de la presqu’île de Kola. Son récit raconte comment ces victimes de la sédentarisation forcée des années 1960 tentent toujours de préserver tant bien que mal leur tradition, leur mythologie et leurs croyances chamanistes, en dépit du brutal attentat à leur identité.
L’ÉLOGE DE LA VIE RÉELLE
Dans sa maison de Konda Bierejnaïa, que l’écrivain partage avec sa femme Natacha et leur fille Martoucha, pas d’eau courante, ni de chauffage. Une fidélité à la prophétie de Bruce Chatwin: «L’ascèse est l’avenir du monde». Avec une concession: «En arrivant, se moque-t-il, j’ai installé l’électricité au village, couronnant ainsi l’œuvre de Lénine.» L’hiver, la température y tombe à moins 40 degrés. Sa maison se transforme alors en «prison de neige». L’été toutefois, pas une semaine sans une fête campagnarde dédiée aux saints patrons, car la saison au Grand Nord est si «courte et brutale, comme une éjaculation», s’amuse Mariusz Wilk dans Le Journal d’un loup – une lecture interdite par les moines de Solovki, en raison de la maudite métaphore.
L’émerveillement devant l’étrange beauté des paysages nordiques revient invariablement dans les pages des carnets de route de l’écrivain de l’instant. Il est aussi fasciné par l’architecture en bois, dont il déplore le sort: «Des complexes uniques au monde, fermes, chapelles et églises orthodoxes, sont en train de pourrir, car il s’agit de sites en dehors des circuits touristiques.» Chez lui, dans une grande bâtisse traditionnelle de trente-six fenêtres achetée pour une bouchée de pain, le maître des lieux envisage de créer une confrérie de nomades. Une idée qu’il développe dans son dernier livre, Suivant les oies sauvages, annoncé par Noir sur Blanc pour 2013. Actuellement, l’auteur travaille sur ce qu’il appelle «une maison de paroles», soit un livre-souvenir sur l’univers d’enfance de sa fille de 3 ans, Martoucha. Sans oublier un prochain essai évoquant une autre demeure, «Le Vieux toit» à Cologny, celle de son géo-poète adulé Nicolas Bouvier.
Le Livre sur les quais.
Du 7 au 9 septembre à Morges.
Programme: www.lelivresurlesquais.ch







