Jeudi, 23 mai 2013

Libido adolescente

SAMEDI 01 SEPTEMBRE 2012

NORVÈGE • «TURN ME ON, GODDAMMIT!» DE JANNICKE SYSTAD JACOBSEN

Avec son titre anglais sans équivoque, Turn Me On, Goddammit! (Allume-moi, bon sang!) annonce d’emblée la couleur. Ce n’est pas le rose bonbon qui caractérise cette comédie adolescente norvégienne, où la malheureuse Alma devient la risée de son école lorsqu’un amoureux maladroit lui déclare sa flamme en dévoilant son engin. Elevée par une mère divorcée dans un bled paumé de la région des fjords, Alma-la-bite – comme on la surnomme désormais – n’en demandait pas tant, bien que les revues pornos et le téléphone rose ne suffisent pas à calmer sa libido...
C’est bien sa franchise sexuelle au féminin, sans comparaison avec la vulgarité puérile et masculine d’American Pie, qui fait le sel du film de Jannicke Systad Jacobsen – tiré d’un roman «à scandale» de sa compatriote Olaug Nilssen. Sans chercher à choquer, la cinéaste décrit au contraire avec tendresse le mélange d’idéalisme romantique et de pulsions plus primaires propre à l’âge ingrat. Elle évoque aussi joliment les aspirations de ces jeunes filles désœuvrées, impatientes d’échapper à l’ennui mortel de leur province: la meilleure amie d’Alma rêve d’abolir la peine de mort au Texas et correspond avec un condamné!
L’héroïne se révèle en revanche étrangement imperméable au rejet et aux humiliations de ses camarades, comme si l’humour devait à tout prix évacuer le tragique de sa mésaventure. Voire même neutraliser l’émotion, noyée sous les afféteries de la voix off, des images mentales en noir et blanc ou des séquences matérialisant ses fantasmes érotiques. Enfin, après s’être gentiment moqué de la mère horrifiée par les appétits sexuels de sa progéniture, Turn Me On, Goddammit! s’achève sur un plaidoyer pour le dialogue parents-enfants et sur l’interdiction faite au petit copain de «rester dormir à la maison»: sous le vernis décomplexé, la morale est sauve! On aurait pu imaginer un épilogue plus sulfureux à cette sympathique comédie, hélas inaboutie.

 
Le Courrier
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