La tête hors de l’eau
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«ATMEN - NOUVEAU SOUFFLE» L’Autrichien Karl Markovics raconte avec retenue la réinsertion d’un jeune meurtrier travaillant dans une morgue. Plus déprimant, tu meurs? Loin de là, car l’espoir l’emporte.
Roman Kogler, 18 ans et orphelin, a déjà purgé la moitié de sa peine pour homicide. Dans l’attente de l’audience qui décidera d’une improbable remise en liberté conditionnelle, il ne sort que la journée pour un emploi de réinsertion à la morgue de Vienne... Pas franchement folichon, le synopsis d’Atmen a de quoi refroidir le plus ardent des cinéphiles. Et il faut ajouter que l’histoire se déroule dans la grisaille de novembre, que les dialogues sont rares et la mise en scène aussi austère que le sujet. En dépit de ces apparences guère engageantes, le premier long métrage de l’Autrichien Karl Markovics n’a pourtant rien d’un film sinistre. Bien au contraire, c’est le récit sensible et captivant d’une renaissance.
De prime abord, le projet semble allier le réalisme social des frères Dardenne à l’analyse clinique de Michael Haneke. En fait, le cinéaste a surtout retenu l’humanisme du tandem belge et la rigueur de son compatriote. Tout en brossant un tableau morne et déprimant dans sa crudité quasi documentaire, Atmen affiche une foi formidable en son personnage, en la possibilité d’une seconde chance qu’on lui aurait déniée. Et cela en formulant l’hypothèse audacieuse que la confrontation avec la mort peut apprendre à apprivoiser la vie.
VERS LA LUMIÈRE
Ce film aux faux airs arides, primé à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, dessine donc une trajectoire initiatique vers la lumière – mouvement ascendant que son superbe dernier plan illustre littéralement. Un parcours jalonné d’épreuves douloureuses mais salutaires, du programme existentiel minimal évoqué par son titre original – «respirer», ce n’est pas encore vivre – jusqu’aux perspectives à peine esquissées que suggère son interprétation française (Nouveau souffle).
En chemin, Roman Kogler retrouvera sa mère et une part d’humanité endormie. Karl Markovics ne suit pas pour autant la voie toute tracée de la quête identitaire ou de la rédemption. La rencontre décevante avec sa génitrice, comme l’apprentissage de son nouveau métier, participent simplement de la lente métamorphose du jeune homme. Préférant les silences éloquents aux explications bavardes, Atmen se concentre sur ses gestes et déplacements quotidiens, instillant dans leur répétition les prémices imperceptibles d’une prise de conscience. La précision de la mise en scène, toute en plans fixes admirablement cadrés, comme le sens du détail et de l’économie du cinéaste-scénariste, soutiennent l’attention du spectateur attaché aux basques du mutique Roman.
UN ART DISCRET
Une image – où l’adolescent libère un oiseau – use certes d’un symbolisme des plus transparents, mais la métaphore filée sur la respiration (apnée dans la piscine de la prison, motif de l’étouffement, etc.) n’est jamais trop démonstrative. Et si le décor s’avère souvent sordide et bétonné, il baigne dans une douce lumière naturelle qui laisse percer une lueur d’espoir.
Sans misérabilisme, de même qu’il refuse les lieux communs d’une approche psychologique ou sociale, Atmen raconte ainsi à hauteur d’homme l’éveil d’un individu qu’on aurait hâtivement considéré «perdu pour la société», donnant progressivement un passé et surtout un avenir à ce personnage d’abord privé de l’un comme de l’autre. Karl Markovics, comédien passant sur le tard derrière la caméra, signe là un film remarquable qui force le respect.





