Pas d’OGM en vue sur le sol suisse
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GÉNIE GÉNÉTIQUE • Le Fonds national de la recherche scientifique a étudié les cultures OGM. Il conclut à un risque minime pour l’environnement et la santé. Pourtant, le moratoire est appelé à durer.
Il est interdit en Suisse de cultiver des plantes génétiquement modifiées (OGM). Ce ne sont pas les conclusions du Fonds national de la recherche scientifique (FNS) qui vont y changer quoi que ce soit. Non pas que le FNS soit favorable à une prolongation du moratoire actuel. Bien au contraire. A l’issue d’un vaste programme de recherche de cinq ans consacré à l’utilité et aux risques de la dissémination de plantes génétiquement modifiées (PNR 59), il a conclu hier que les OGM ne présentaient aucun risque pour la santé ou pour l’environnement. Selon les chercheurs, il serait donc temps de faciliter la coexistence des différents modes de production. Mais voilà, ni les consommateurs ni les paysans ne veulent d’OGM et le parlement s’apprête à prolonger le moratoire jusqu’en 2017.
A la suite d’une initiative populaire, le peuple et les cantons ont voté un moratoire de cinq ans en 2005. En 2010, le parlement l’a prolongé jusqu’au 28 novembre 2013. La commission de l’économie et des redevances du Conseil national propose maintenant de déplacer le curseur jusqu’en 2017. Cela correspond à une motion du conseiller national Markus Ritter (pdc/SG), candidat à la présidence de l’Union suisse des paysans (USP), cosignée par 121 parlementaires. Pour le directeur de l’USP Jacques Bourgeois, cette démarche ne fait que confirmer un moratoire de fait. «Les consommateurs sont très critiques et les paysans en prennent acte. Je ne connais aucune entreprise qui développe un produit en l’absence de demande.»
Mauvaises herbes
Pour le professeur Dirk Dobbelaere, président du comité de direction du PNR 59, la demande est effectivement faible mais la majorité des consommateurs souhaite avoir la liberté de choix. «Il faut laisser le marché décider de la compétitivité des produits génétiquement modifiés», estime-t-il. Selon le FNS, l’agriculture ne peut augmenter sa productivité et réduire ses coûts que si de nouvelles technologies, y compris le génie génétique vert, ne sont pas exclues d’emblée. Le professeur Thomas Bernauer, délégué du Conseil de la FNS, reconnaît cependant que la coexistence de plusieurs filières de production (avec ou sans OGM) est un facteur de coûts car il faut notamment prévoir des distances d’isolation. Réponse catégorique de Jacques Bourgeois: «La Suisse est trop petite pour séparer les flux.»
Le mouvement Stop Ogm est du même avis. Il estime en outre que le FNS minimise les effets négatifs rencontrés dans les plantations américaines comme l’établissement de mauvaises herbes résistantes et l’apparition de ravageurs secondaires. Il critique aussi le choix du blé comme modèle d’étude car aucun essai dans le monde n’a conduit à une commercialisation du blé OGM.
L’accueil pour le moins dubitatif réservé aux conclusions du FNS n’empêche pas l’Office fédéral de l’agriculture d’avancer ses propres pions. Un projet de révision de la loi sur le génie génétique sera envoyé en consultation cet automne. Il précisera les conditions de coexistence des deux filières. Cette démarche n’est pas incompatible
avec une prolongation du moratoire, puisque la procédure législative prendra plusieurs années. Une nouvelle polémique se dessine déjà: les chercheurs du FNS estiment que les paiements directs liés aux prestations écologiques doivent aussi aller aux cultures interdites en OGM. I
Pully a testé le blé OGM
Recherche oblige, la culture de blé OGM a été testée dans un champ expérimental en 2009 et 2010 à Pully (VD). Non sans provoquer la virulente réaction d’activistes écologistes. Ils ont tenté en vain de perturber ces essais qui font partie intégrante du programme confié au Fonds national.
«Notre étude portait sur la résistance du blé à une maladie fongique», explique le phytopathologiste Fabio Mascher, de la station de recherche Agroscope Changins-Wädenswil. «Il s’agissait de savoir si l’introduction d’un gène de résistance issu d’une autre variété était efficace. Les résultats ont été probants pour certaines variétés. Pour d’autres, ils n’étaient pas comparables à ceux obtenus en serre. Nous avons aussi constaté les effets collatéraux de ces gènes. Ils influencent d’autres caractères du blé, par exemple le rendement.»
Selon le chercheur, le risque de dissémination est faible. « Il est rare que l’on voie du blé pousser spontanément dans des endroits où il n’a pas été semé. Nous avons procédé pendant trois ans à un suivi très rigoureux dans un périmètre de 60 mètres autour du champ. Et nous n’avons rien trouvé.»
Quelles que soient les décisions politiques à venir, les plantes testées ne seront pas utilisables directement par l’agriculture. «Nous avons travaillé avec d’anciennes variétés dont le rendement n’a rien à voir avec celui des variétés actuelles», souligne Fabio Mascher. «Le génie génétique peut accompagner la sélection mais il ne peut pas transformer du tout au tout une plante qui contient des milliers de gènes. Ces essais nous ont surtout permis de développer des méthodes pour tester d’autres plantes OGM en plein champ.» CIM






