Dimanche, 26 mai 2013

La guerre contre l'Iran, vue d'en bas, vue d'en haut

VENDREDI 17 AOûT 2012
PAR MICHEL WARSCHAWSKI*

AU PIED DU MUR

Trois jours de vacances en famille en Galilée: voilà une excellente occasion de rencontrer le vrai Israël, pas celui des «unes» des journaux ou des sondages à sensation. La presse qui nous tombe sous la main annonce à l’unisson une attaque imminente contre l’Iran, et fait la part belle aux déclarations musclées du ministre de la Défense, Ehoud Barak. Les centaines de personnes que nous croisons semblent à mille lieues de cette apocalypse. Prospérité économique aidant, elles profitent des innombrables sites de loisirs et autres parcs aquatiques et remplissent les restaurants de poisson des rives du lac de Tibériade. Elles créent des embouteillages monstres sur les routes qui mènent au mont Hermon, ou vers les nombreux tombeaux de rabbins miraculeux, qui peuvent intervenir auprès du Très Haut pour donner un enfant à une mère stérile ou trouver un époux à une «vieille fille» restée célibataire.
Ce qui frappe avant tout, c’est le nombre impressionnant de familles pratiquantes. Au bas mot, quatre-vingts pour cent des vacanciers que nous avons croisés, ce qui confirme les statistiques annonçant, pour la communauté juive d’Israël, une majorité de religieux dans moins d’une dizaine d’années. D’autant plus que ce sont des familles nombreuses, avec en général plus de six enfants par couple. Comme il s’agit d’un tourisme populaire et relativement bon marché, on ne rencontre que très peu les classes moyennes et laïques de Tel Aviv, qui peuvent se permettre des vacances plus chères en Grèce ou en Turquie, voire en Toscane.
A plusieurs occasions, j’ai essayé de faire dévier la conversation vers la question iranienne. Ceux qui ne m’ont pas répondu par «laisse la politique de côté, on est en vacances» ont été quasi unanimes pour soutenir la nécessité d’une frappe préventive contre la République iranienne. Visiblement, la majorité des Israéliens fait une fois de plus l’autruche et se retranche derrière la formule «Yihye beseder!», qu’on peut traduire par «ne vous en faites pas, tout ira bien». Sans doute, ces esprits optimistes sont-ils trop jeunes pour se souvenir d’un autre chapitre de l’histoire israélienne où le slogan national avait été «Yihye beseder», et qui s’est achevé par le fiasco d’octobre 1973 (guerre du Kippour) et ses milliers de morts. L’insouciance des vacanciers de Galilée et de la plage de Tel Aviv fait froid dans le dos, en décalage total avec les propos alarmistes des responsables sécuritaires et autres experts, tous opposés à une telle attaque.
«[En cas d’échec], je suis prêt à rendre des comptes devant une commission d’enquête», a récemment annoncé le premier ministre, Benjamin Netanyahou. Cela consolera certainement les familles des victimes des représailles iraniennes – «seulement (sic) cinq cents», promet Ehoud Barak, le plus va-t-en guerre des deux fanatiques qui sont en train de nous mener à la catastrophe: une guerre totale dans la région et des milliers de morts côté israélien.
De retour de ces quelques jours de vacances, je lis dans le journal un appel de citoyennes aux pilotes, leur demandant de ne pas obéir aux ordres et, plus important encore, une «lettre urgente au premier ministre» signée par les plus grands écrivains du pays, dont Amos Oz et Yoran Kaniuk. Ils demandent, a minima, que le gouvernement tout entier soit impliqué dans une telle décision, comme l’exige la Loi constitutionnelle. Parallèlement, les rassemblements contre la guerre se multiplient, à Tel Aviv en particulier. Mais n’est-ce pas déjà trop tard?

 

*Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

 
Le Courrier
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