Roms: l’heure du serrage de vis
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FRANCE • Ovationné au PS ce week-end, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls accentue la pression sur les campements illégaux de migrants. Jusqu’à devancer la justice.
Le ministre socialiste de l’Intérieur, Manuel Valls, a reçu cinq sur cinq le message des militants du PS. Samedi, à l’université d’été de leur parti, ils avaient réservé un accueil triomphal à son discours musclé, consacré aux politiques sécuritaire et migratoire. Une ovation debout avait même salué son intervention, dans laquelle il avait notamment promis de continuer à «mener les démantèlements de campements» illégaux de Roms «où il y a de la misère sanitaire, sociale».
Ce succès à l’applaudimètre a été immédiatement suivi d’effets. Dès dimanche soir, à Lyon, le ministre a fait expulser une soixantaine de Roms d’un immeuble qu’ils squattaient. Le lendemain, à 5 heures du matin, les CRS ont délogé – sous l’œil des caméras et les flashs des photographes – quelque 80 familles qui, depuis quatre mois, vivaient dans un campement de fortune établi en contrebas des voies du RER, à Evry: la ville de banlieue parisienne dont Manuel Valls fut longtemps le député-maire.
«Un véritable bidonville»
Le ministre, qui est intervenu à la demande de son successeur à la mairie, a justifié l’opération. Il a invoqué, outre «le respect de l’ordre républicain» et des bonnes règles du «vivre ensemble», la situation sanitaire «insupportable» de ce «véritable bidonville», ainsi que la dangerosité des voies ferrées toutes proches. Ce qu’ont démenti une association locale venant en aide à ces migrants, ainsi que le Collectif Romeurope (qui regroupe des associations nationales comme Médecins du monde et le Secours catholique). Selon eux, ce campement était «nettement moins insalubre» que d’autres, et il n’y avait «pas d’urgence absolue» à le démanteler. Le «bidonville» n’en a pas moins été rasé. Deux de ses anciens occupants ont accepté d’être temporairement relogés par la Croix-Rouge. Tous les autres se sont égayés dans la nature, ou campent devant la mairie d’Evry, réclamant une solution pérenne d’hébergement.
Comme cela avait déjà été le cas d’autres expulsions, cet été, l’opération d’hier a suscité des critiques. Notamment parce que la justice avait été saisie du dossier. Ce mardi, elle devrait statuer en référé sur la demande du propriétaire du site, visant à l’expulsion de ses occupants illégaux.
Jamais vu sous Sarkozy
«Qu’on expulse avant même que la justice se soit prononcée, c’est absolument incroyable! Nous n’avions jamais vu cela, même sous Nicolas Sarkozy!», a dénoncé une association locale. Qui a fustigé aussi, «comme sous Sarkozy, l’absence totale de concertation avec les associations, sur d’éventuelles solutions de relogement». «On est en plein cauchemar», a-t-on renchéri à la Ligue des droits de l’homme. Où l’on juge qu’une telle «expulsion illégale, décidée par des élus socialistes, (cela) fait un peu mal». «On expulse des Roms sans savoir où les mettre: c’est une honte!», s’est indigné Mgr Gaillot. «Les pratiques répressives ont la vie dure», tance, dans une tribune publiée dans «Le Monde» de ce mardi, l’ONG Human Rights Watch.
Dans la classe politique, les Verts – qui, cet été, avaient élevé la voix sur ce dossier des Roms –, ont grimacé. «Manuel Valls devrait démanteler des centrales nucléaires, plutôt que des camps de Roms», s’est agacé l’eurodéputé Yannick Jadot. Et l’UMP n’a plus jugé bon de louer «la fermeté» du ministre – ainsi qu’elle l’avait fait, dernièrement.
A en croire un sondage publié à la mi-août, 80% des Français – et 71% des sympathisants socialistes – sont favorables au démantèlement des camps illégaux de Roms. Plus de quatre sondés sur dix (42%) y sont même très favorables. Ce soutien populaire dont peut se prévaloir Manuel Valls est encore plus massif que celui dont avait bénéficié Nicolas Sarkozy à l’été 2010: lorsque, dans un discours mémorable prononcé à Grenoble, il avait lancé les opérations visant ces migrants.
Seuls 27% des Français, toutefois, jugent que ces démantèlements constituent des mesures efficaces, 73% des sondés estimant plutôt qu’ils ne font «que déplacer le problème» ailleurs. I






