Tragédie pétrolière au Venezuela
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ACCIDENT • Trente-neuf morts dans l’explosion d’une raffinerie. Les accidents pétroliers se multiplient faute d’investissement industriel.
Samedi, minuit et demi à la raffinerie d’Amuay du complexe de Paraguana, dans l’Etat de Falcon au Nord-Ouest du Venezuela. Les alarmes sonnent. Une fuite de gaz. 1h11: une forte explosion retentit. La raffinerie est ravagée, des maisons et commerces proches soufflés. Trente-neuf personnes sont mortes, quatre-vingt six blessées dont six toujours hospitalisées selon les dernières informations données par le vice-président Elias Jaua. Dix-huit gardes nationaux chargés de sécuriser le site y ont laissé la vie ainsi qu’un enfant âgé de 10?ans. Deux-cent neuf maisons ont été touchées. Dimanche matin, le pays s’est réveillé sous le choc. Le président Hugo Chávez, qui a déclaré un deuil national de trois jours, «assume pleinement la responsabilité du fait fatidique» et ordonné une enquête.
Le complexe de Paraguana est stratégique: il couvre 60% de la demande intérieure en combustible. Le ministre de l’Energie et président de la compagnie nationale d’hydrocarbures PDVSA, Rafael Ramírez, tout en assurant que la situation est sous contrôle, espère que la production reprendra ce lundi.
2012, année noire
Au Venezuela, cette dernière tragédie, la plus grande qu’ait connue le pays depuis dix ans, rappelle d’autres incidents. Selon la BBC qui s’appuie sur un rapport de PDVSA, il y a eu en 2011 un total de 4052?fuites de pétrole, 69% de plus qu’en 2010. Avant Amuay, deux travailleurs avaient déjà trouvé la mort et plus d’une dizaine ont été blessés ces six derniers mois. Le désastre écologique de Jusepin, dans l’Etat de Monagas, à l’est du pays, marque encore les esprits: 80?000 barils de pétrole auraient fui dans la rivière du Guarapiche le 4 février, provoquant, selon le Réseau des sociétés scientifiques vénézuéliennes, le plus grand déversement en eau douce jamais constaté. Le gouverneur de l’Etat, José Gregorio Briceño, avait alors été exclu du Parti socialiste pour avoir soutenu que le cours d’eau était encore pollué en mars.
«Ici l’investissement industriel n’existe pas. Nous dénonçons cela depuis trois ans», a déclaré à l’agence de presse EFE le secrétaire général de la Fédération unitaire des travailleurs du pétrole (Futpv), Iván Freites, en colère. Il regrette les manques de maintenance et d’attention à la sécurité et l’hygiène.
C’est bel et bien la mauvaise gestion du gouvernement qui est dénoncée. Dans ce pays, l’économie repose presque uniquement sur le pétrole. Dès lors, il faut toujours produire plus. Les nombreux programmes sociaux, les missions, en dépendent.
Cinquième exportateur mondial, le pays produit déjà 3?millions de barils de brut par jour. Or le Venezuela possède, selon l’OPEP, les plus grandes réserves au monde (potentiellement 296,5 milliards de barils). Les efforts sont désormais portés sur de nouvelles sources d’extraction sur le fleuve Orénoque. Le 21 août, le président Hugo Chavez a déclaré que 130 milliards de dollars (124,82 de francs suisses) y seraient investis entre 2013 et 2019 afin de doubler la production de quotidienne.
Enjeu politique
Depuis sa nationalisation en 1975, l’entreprise PDVSA est au centre du pouvoir. A un mois et demi de l’élection présidentielle, elle est un enjeu majeur de la campagne électorale. En décembre 2002, certains travailleurs de PDVSA s’étaient mis en grève pour pousser le dirigeant socialiste vers la sortie. 18?000 employés et cadres avaient été licenciés. L’opposition ne l’a jamais digéré.
Pour Leopoldo López, le chef de la campagne d’Henrique Capriles Radonski, le candidat opposé à Hugo Chávez lors de la présidentielle, le drame d’Aumay «n’était pas une catastrophe naturelle. Il n’était pas la conséquence de quelque chose que ne contrôle pas l’Etat vénézuélien. C’est un accident dû à la négligence envers notre industrie pétrolière.»
Accompagné du vice-président Elias Jaua, le gérant du complexe de Paraguana, Jesús Luongo, a répliqué que plus de 6?milliards de dollars (5,75?milliards de francs suisses) avait été investis dans la maintenance.
L’impact de la catastrophe d’Aumay sur la campagne demeure la grande inconnue. Jusqu’à présent, la quasi-totalité des sondages, qu’ils émanent d’instituts proches de l’opposition ou de l’Etat, donnaient Hugo Chávez gagnant.





