Ben Laden entre en campagne
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C ’est, pour beaucoup, le principal fait d’armes de Barack Obama. Et ce sera, de toute évidence, un levier non négligeable de sa possible réélection le 6 novembre. Par le biais d’un livre, le raid contre le leader d’Al Quaïda Oussama Ben Laden, le 2 mai 2011 dans un village pakistanais, s’invite dans la campagne présidentielle étasunienne. Ecrit sous couvert d’anonymat par l’un des membres des Navy Seals, les forces spéciales responsables de l’opération, l’ouvrage sortira – marketing oblige – le 11 septembre. Aucun doute qu’il saura intéresser les médias, même si c’est flouté que l’auteur détaillera ses aventures sur les plateaux TV.
No Easy Day (pas un jour facile) est sous-titré «Le récit de première main sur la mission qui a tué Oussama Ben Laden». Selon l’éditeur, le géant Penguin, le militaire y raconte tout d’abord son enfance en Alaska, sa préparation pour entrer dans les commandos, les treize autres raids menés depuis le 11-Septembre et enfin la fameuse opération «Trident de Neptune». Celle-ci fait dire au président Obama que «justice a été faite», avant de valoir aux militaires engagés la plus haute distinction octroyée pour héroïsme et bravoure. Mark Owen, c’est son faux nom, était l’un des premiers à arriver au troisième étage de la fameuse bâtisse fortifiée, où se trouvait Ben Laden, au terme d’une action à rebondissements de quarante minutes. Il a assisté à son élimination, qui aura désolé celles et ceux pour qui la justice se rend dans l’enceinte d’un tribunal.
No Easy Day sort sans que le Pentagone ou la CIA n’aient été avertis, assurent le QG de l’armée et le service de renseignements. Si des informations concernant la sécurité nationale étaient divulguées dans le livre, son auteur risque des poursuites, annonce le Département de la défense. Mais la menace est promulguée avec une décontraction pour le moins déconcertante: on est loin des menaces cataclysmiques lancées à l’encontre des donneurs d’alerte qui transmettent des informations militaires à Wikileaks. On peut donc supposer que la CIA – dont dépendait l’opération des Navy Seals – est au courant du contenu du livre; et que la publication de l’ouvrage, best-seller annoncé, ne la gêne pas.
Pour l’administration Obama, c’est même du pain bénit: le livre permettra de remettre en lumière l’une des actions les plus populaires du Prix Nobel de la paix 2009 – à l’époque des faits, elle avait fait bondir sa cote. Sans que ses adversaires républicains ne puissent s’y opposer, alors qu’ils ont obtenu le report à décembre de la sortie d’un film sur le même sujet, Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow. Le parti de l’adversaire Mitt Romney craignait une dramatisation opportune du raid, juste avant les élections; et sous-entendait que la version des faits soufflée par l’administration Obama à la réalisatrice de Démineurs ne correspondrait pas à la réalité. Le candidat Obama lui-même, dans ses prochains discours, tentera-t-il de faire fructifier l’assaut des Navy Seals? Alors que le dossier de la prison hors-la-loi de Guantanamo n’est toujours pas clos, quand bien même c’était l’une des promesses phares d’Obama, ce serait pour le moins affligeant. Et de mauvais augure pour la suite, quel que soit le vainqueur le 6 novembre.





