Mercredi, 19 juin 2013

Quand les Pussy Riot surpassent leur maître Voïna

SAMEDI 25 AOûT 2012

Vu de Moscou, le bruit assourdissant déclenché par le procès des Pussy Riot à l’international surprend, juste un peu. Effet de mode ou prise de conscience réelle que «trop c’est trop»? En Russie, une grande partie de la population était favorable à une condamnation, mais pas à deux ans de prison. La sentence choque ou étonne les Russes, c’est selon, presque autant que la performance incriminée, qui voulait dénoncer l’allégeance du patriarche Kirill 1er au président Poutine. Si la performance des Pussy Riot et le procès ont cristallisé le mouvement artistique et protestataire russe, il convient de rendre à Voïna la primeur de cet activisme décalé et hostile à l’autoritaire régime russe1. En mai 2009, Voïna («la guerre» en russe) organisait un concert punk dans un tribunal pour protester contre la condamnation du curateur d’art Andrei Erofeev, dont l’exposition avait été censurée. Et Voïna de chanter à grand renfort de guitare-basse: «Souvenez-vous que tous les flics sont des bâtards.»

Certes, les Pussy Riot ont frappé plus fort en choisissant pour leur prière punk l’autel de la principale cathédrale de Moscou. Le retentissement mondial de leur action leur confère désormais une toute autre dimension et Voïna, dont les principaux membres fondamentalement anarchistes sont aujourd’hui au nombre de trois, le concèdent: «Le fait de reproduire la même chose dans la cathédrale du Christ-Sauveur, c’était encore mieux.» Reste qu’entre les Pussy Riot et Voïna, ce n’est pas franchement le grand amour. La leader du groupe punko-féministe, Nadejda Tolokonnikova, s’est brouillée avec les Pétersbourgeois, nous apprend Sergueï, un proche de Voïna. Voïna qui refuse de considérer Nadejda et son mari Piotr comme leur branche moscovite, toujours selon Sergueï. Le couple avait pourtant participé à différentes actions de Voïna, comme cette partouze organisée dans la salle de nutrition et digestion du Musée national de biologie de Russie. Le propos étant de contester l’élection deux jours plus tard de Dmitri Medvedev, «dans un pays où tout le monde baise tout le monde» et où «les élections sont pornographiques. »

Aujourd’hui, le groupe Voïna se fait discret. D’une part, Oleg et Natalia sont maintenant parents d’une petite fille. D’autre part, ils se cachent. Contactés pour une interview physique, la rencontre est rendue difficile par le fait que tous deux sont activement recherchés et risquent l’arrestation à chaque coin de rue. Pour preuve : l’interpellation de ce manifestant lors des campements de Chistie Prudy, dans le centre de Moscou, campements qui voulaient contester la réélection frauduleuse de Vladimir Poutine. L’opposant ressemblait comme deux gouttes d’eau à Oleg ; il a été pris pour lui. S’il est vrai que la majorité des Russes envisagent les Pussy Riot et Voïna comme des extraterrestres hors-la-loi, paradoxalement, la vidéo du «Vierge Marie, délivre-nous de Poutine» des trois jeunes femmes a été sélectionnée par le jury du Prix Kandinsky dans la catégorie «Projet de l’année». Avec une récompense de 40 000 euros à la clé.  CAROLINE GAUJARD-LARSON (MOSCOU)

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