Les Nouveaux Jardins, un lieu d’échange au cœur de la ville
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

VIVRE ENSEMBLE (VII) • A Lausanne, le projet de l’EPER veut inscrire les migrants dans une dynamique de socialisation.
Chapeau vissé sur la tête, Andreï présente sa récolte du jour: un alignement de gros radis blancs tout juste déterrés. A côté, des tomates noires, cultivées en association avec des carottes et des pommes de terre, mûrissent sous le soleil de plomb. Ouvrant une cosse de haricot, il en extrait les grains, qu’il conservera pour l’année prochaine. «Je prépare aussi les semailles d’oignons», montre-t-il en extirpant de terre quelques bulbes de liliacées. Une prévoyance doublée d’un souci d’économie: ce sont autant de semences qu’il n’aura pas à acheter.
A quelques mètres, Semhar s’apprête à couper une double rangée de côtes de bettes. La jeune érythréenne écoute les conseils de Chloé Manfredi, la coordinatrice de l’œuvre d’entraide de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (EPER). «Si tu ne resèmes pas directement, je vais te donner une graine que tu pourras planter. C’est une fleur appelée phacélie, qui constitue un bon engrais naturel.» Plus loin, Ayse, elle, se désole à la vue de ses plants en pagaille: «Hier, il y a eu de la foudre, mes pauvres haricots ont souffert!» Les aléas de la culture potagère, comme ce champignon qui s’attaque aux tomates, n’auront toutefois pas raison de sa bonne humeur.
Un projet associatif
Semhar, Ayse et Andreï font partie du groupe qui se réunit tous les mercredis sur la parcelle de Montelly, dans le cadre des Nouveaux Jardins mis sur pied par l’EPER. Déjà initié à Villeneuve et Yverdon en 2011, le projet associatif a démarré en mai dans ce quartier lausannois. Axé sur la socialisation et l’autonomisation des migrants, il s’adresse prioritairement aux réfugiés arrivés en Suisse depuis peu, qu’ils soient seuls ou en famille. Mais il s’ouvre aussi aux personnes présentes de plus longue date. «Nous essayons d’avoir un groupe hétérogène», explique Chloé Manfredi. Les participants ont cependant comme dénominateur commun d’être tous habitants du quartier. Car les Nouveaux Jardins lausannois s’inscrivent aussi dans un projet plus vaste, celui du plantage Florency, réalisé dans le cadre du Contrat de quartier de Montelly (lire ci-après).
Le fonctionnement du potager repose sur l’engagement individuel. Chacun se voit confier un petit lopin, qu’il cultive selon ses envies et pour son propre compte. En contrepartie et sur la base d’un contrat, il doit assurer l’entretien de son jardinet au moins deux fois par semaine entre mars et octobre. Une présence régulière aux ateliers du mercredi est aussi exigée. Ces réunions hebdomadaires, qui se déroulent uniquement en français, sont pour les participants une opportunité de parfaire leur connaissance de la langue. Ils abordent dans un premier temps les questions concernant leur quotidien, comme la recherche d’emploi ou les démarches relatives au permis de séjour.
Dynamique de groupe
Puis la discussion s’enchaîne sur un thème donné en lien avec le potager, où le groupe se rend ensuite pour la mise en pratique. Un moment propice au partage des savoirs, que ce soit sur les techniques de jardinage ou sur l’utilisation d’un produit du jardin. Le thème choisi ce mercredi, les herbes aromatiques, permet ainsi d’évoquer les usages possibles en cuisine ou dans le domaine de la santé. «Ces échanges créent une très bonne dynamique de groupe, souligne Chloé
Manfredi. Chacun apporte quelque chose et voit en retour ses compétences valorisées.»
Pendant la durée de l’atelier, les enfants sont pris en charge par une animatrice bénévole. Ce jour-là, au moment de retrouver le groupe des adultes, les bambins exhibent fièrement les dessins réalisés à base d’une teinture qu’ils ont eux-mêmes concoctée à partir d’œillets d’Inde. L’après-midi s’achève avec la distribution de beignets confectionnés par une participante. Ce partage est également valorisé: ici, l’échange ne se limite pas à la parole. Pour célébrer la fin des récoltes, fin septembre, le groupe conviera d’ailleurs le voisinage à un repas préparé par ses soins.
Un travail valorisant
Après quelques mois d’activité, Semhar et Ayse, qui n’avaient jamais jardiné auparavant, sont déjà déterminées à rempiler l’année prochaine. «J’aime venir ici, car cela m’évite d’être toujours enfermée. Mes enfants apprécient encore plus de venir travailler au jardin», dit la première. «Les jardins sont une bonne occasion de se retrouver, de partager nos connaissances et de suivre les conseils des autres. Et puis, on est fier de récolter nos propres produits. Cette expérience m’a aussi donné un autre regard sur la manière de faire mes achats et de consommer», résume Ayse. I





