Les micropolluants: un cocktail potentiellement explosif
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ÉCOLOGIE • Ces substances chimiques se retrouvent dans l’environnement en concentration infime. Les effets de leur mélange sont encore inconnus.
Trop petits pour être filtrés par les stations d’épuration (STEP), on retrouve les micropolluants dans nos rivières et nos lacs en infime concentration (de l’ordre du nanogramme par litre). Rejetés par l’industrie, l’agriculture et les ménages, ils sont nocifs pour la faune et la flore aquatique. On craint leur répercussion sur l’être humain à long terme, et surtout, «l’effet cocktail» sur l’organisme.
Aujourd’hui, des solutions efficaces émergent au niveau fédéral pour lutter contre ce phénomène. Une modification de la loi fédérale sur la protection des eaux, qui prévoit le financement d’une étape d’épuration supplémentaire dans une centaine de STEP, est en consultation jusqu’à fin août. Au même moment, à Genève, une exposition lancée par la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) et l’association Potamot tente de sensibiliser la population à l’usage de certains produits.1
Une inconnue scientifique
Chercheuse en écotoxicologie à l’université de Lausanne, Nathalie Chèvre estime le nombre de micropolluants à plusieurs millions. Leurs effets ne sont pas encore bien connus: «On ne peut parler que de ceux que l’on connaît, mais on sait que les eaux suisses ne sont pas polluées au point de représenter un risque sur le court terme pour l’être humain.» Selon elle, même si des traces de ces substances, notamment de médicaments, se retrouvent dans l’eau potable, il n’y a pas lieu de s’alarmer. «Les techniques de potabilisation d’eau dont nous disposons réduisent la concentration
d’éventuels micropolluants à un niveau trop faible pour qu’ils soient un danger pour l’être humain», renchérit Sébastien Lehmann, collaborateur scientifique à l’Office fédérale de l’environnement (OFEV). Il invoque toutefois le «principe de précaution, car on ne connaît pas les conséquences de la prise sur la durée d’une vie, même à très faible concentration, ni du mélange des ces substances». Cependant, note Audrey Klein, secrétaire générale de la CIPEL, «les normes de potabilisation de l’eau sont incomplètes, parce qu’elles ne prennent pas en considération les médicaments, notamment».
Une chose est sûre, la flore et la faune aquatique peuvent être touchées par des micropolluants, notamment œstrogènes, principalement dus à la pilule contraceptive. La photosynthèse des algues peut être perturbée, tout comme le système nerveux des poissons et des amphibiens. «Au niveau de la faune piscicole, l’ingestion de substances ayant un effet de perturbateur endocrinien entraîne une confusion sexuelle chez les poissons mâles qui n’ont besoin que d’une très faible exposition pour être atteints», explique Sébastien Lehmann. En ce qui concerne le Léman, Audrey Klein se veut rassurante: «Bien que nous connaissions les effets des œstrogènes, il n’y a actuellement rien qui prouve que les poissons du lac Léman se féminisent.»
Les STEP comme première étape
Depuis quelques années, la Confédération à mis l’accent sur le traitement des eaux urbaines usées rejetées dans les cours d’eaux et les lacs afin de mieux filtrer les micropolluants. Elle a aussi créé des projets pilotes dans diverses stations d’épuration, dont celle de Lausanne. Les deux méthodes d’épuration poussée les plus efficaces sont celles du traitement au charbon actif en poudre – qui absorbe les micropolluants – et l’ozonation – qui les transforme par oxydation. Avec ces techniques, la concentration de la plupart des micropolluants examinés par l’OFEV est suffisamment faible – une réduction de l’ordre de 80% – pour que les effets négatifs soient quasi nuls.
La mise en consultation de la modification de la loi sur la protection des eaux propose le système du «pollueur-payeur» pour parer à l’équipement d’une centaine de STEP d’une étape d’épuration supplémentaire. Ensemble, elles assurent le traitement de 50% des eaux usées domestiques du territoire suisse. L’investissement devrait s’élever à 1,2 milliard de francs, soit 130 millions par an, répartis sur une vingtaine d’années. Cette solution doit encore être avalisée, mais elle ne représente qu’une première étape.
Malgré tout, certains problèmes subsisteront inévitablement, comme le rappelle Nathalie Chèvre: «Il y a des substances qui étaient autorisées dans le bâtiment par le passé, mais plus aujourd’hui. Toutefois, comme elles font toujours partie d’édifices, lorsqu’il pleut elles se retrouvent dans l’eau par ruissellement.» I
- 1. «Eau’dyssée: sur la traces des micropolluants», du 25 août au 30 septembre, Centre nature la Libellule, Pavillon Plantamour, Genève, entrée libre. www.lalibellule.ch





