Samedi, 25 mai 2013

Et si on éteignait nos rues la nuit?

VENDREDI 24 AOûT 2012
Eclairage public au Val-de-Ruz.
Laurent Debrot

NEUCHÂTEL • L’association Lamper, qui veut diminuer l’éclairage dans le domaine public, lance une campagne d’information sur le sujet.
 

«Qui a peur de la nuit?» En posant cette question qui fait ressurgir de vieux souvenirs d’enfance, Lamper, association qui milite pour la modération de l’éclairage public en Romandie, veut inciter à la réflexion et susciter le débat. Elle a lancé hier dans le canton de Neuchâtel une campagne de communication sur le sujet
Le tournant énergétique, avec la sortie du nucléaire prévue à l’horizon 2034, remet en question de nombreuses pratiques héritées des années d’abondance. Si l’association nouvellement créée ne remet pas en question l’utilité de l’éclairage en soirée pour la sécurité des piétons et des cyclistes, elle s’interroge en revanche sur son sens en pleine nuit, lorsque la majorité de la population est profondément endormie.

Impacts négatifs
D’autant que les avantages d’une réduction ou d’une suppression de l’éclairage public sont nombreux. L’Agence suisse pour l’efficacité énergétique estime les économies pour les communes suisses à 75 millions de francs. Pour l’être humain, le manque d’obscurité peut engendrer des perturbations de la production de la mélatonine, ce qui pourrait entraîner des cancers. Enfin, les oiseaux, mammifères, grenouilles, insectes et plantes sont perturbés pas le manque d’obscurité.
Or, les collectivités doivent trouver des solutions alternatives aux vieilles lampes à vapeur de mercure encore très répandues, qui seront interdites de vente en 2015. Les communes sont donc contraintes de moderniser leur réseau. Plusieurs solutions s’offrent à elles: les lampes à vapeur de sodium, aux halogénures métalliques ou les LED (diodes électroluminescentes). «Pourquoi ne pas en profiter pour s’interroger sur l’opportunité d’éteindre une partie, voire tous les lampadaires de minuit à 6h du matin? Il n’est aujourd’hui plus acceptable d’éclairer une rue de la même manière à 21h qu’à 3h du matin», relève Laurent Debrot, l’un des fondateurs de Lamper.

Extinction plutôt qu’éclairage alterné
Le Groupe E, qui soutient la campagne de communication de Lamper, consacre 9 millions de francs pour soutenir les collectivités publiques neuchâteloises et fribourgeoises dans le domaine des économies d’énergie. Si les solutions varient au cas par cas, le distributeur d’électricité préconise plutôt la réduction de l’intensité de 50% ou l’extinction totale plutôt que l’éclairage partiel, en raison de l’éblouissement provoqué par l’alternance jour/nuit.
En Suisse romande, rares sont les communes qui ont fait le choix de l’extinction. Mais celles qui ont fait le pas ne le regrettent pas. C’est le cas de 34 communes sur 165 dans le canton de Fribourg. Gruyères pratique l’extinction depuis un an: «L’éclairage est supprimé dans les zones résidentielles de minuit à 6h du matin et est maintenu dans les zones touristiques. La commune a fait un tiers d’économie en un an. De plus, personne ne s’est plaint de la situation», poursuit Sophie Roulin. Dans le canton de Neuchâtel, seule la petite commune du Cerneux-Péquignot a décidé d’éteindre ses 15 lampadaires. Sa facture a baissé de 40%.

Rassurer sur la sécurité
Pourquoi les communes sont-elles si réticentes? «Les autorités craignent que la population ne l’accepte pas.» Il est donc indispensable de rassurer les citoyens. «L’éclairage donne un faux sentiment de sécurité. La criminalité ne dépend pas de la manière dont une rue est illuminée, les vols ayant plutôt lieu en journée, lorsque les gens sont au travail. Quant à l’éclairage sur une voiture, il donne l’impression qu’on sera vu, alors qu’il vaudrait peut-être mieux retrouver le sentiment de danger qui incite à adapter sa conduite. Enfin, on constate avec l’extinction une baisse des incivilités telles que tapages nocturnes ou tags», commente Franck Vidal, président de Lamper.
Mais lorsque l’on sait que l’électricité consommée pour l’éclairage public représente 1% de la consommation totale d’électricité en Suisse (60TWh), le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? «Pour les communes, les économies sont importantes, jusqu’à 50% de leur facture d’électricité, et il est important qu’elles montrent l’exemple afin d’inciter les citoyens à en faire de même», conclut Laurent Debrot. I

Exposition sur l’éclairage public, les 25-26 août, à Cernier, dans le cadre des Jardins de l’énergie de Fête la Terre. Fête de la nuit le 14 septembre au
Pâquier et le 15 septembre à Lignières dès 20h.

 
Le Courrier
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