Samedi, 18 mai 2013

Chômage des femmes, l’écart persiste

VENDREDI 24 AOûT 2012

TRAVAIL • Une analyse de l’OFS rappelle que les femmes sont bien plus susceptibles d’être touchées par le chômage que les hommes. Et réfute l’idée d’une sorte de «délit de jupe» auquel celles-ci seraient exposées.

Un «délit de jupe» – analogue à un délit de faciès – contribuerait-il à expliquer le surchômage des femmes, cette inégalité persistante? Non, montre l’Office fédéral de la statistique (OFS) qui s’est penché sur les différents motifs d’inactivité professionnelle féminine dans Femmes et chômage: des écarts persistants avec le taux de chômage des hommes. Et qui rappelle les principaux motifs de chômage, dont au premier chef l’interruption de carrière pour raisons familiales et la moindre formation, deux facteurs, eux, parfaitement genrés.

Depuis 1993, aucune contribution statistique de l’OFS ne s’était plus concentrée exclusivement sur le chômage féminin. L’analyse parue ce mois permet donc d’actualiser diverses données contribuant au phénomène, telles la formation ou la situation familiale.

Les facteurs d’écart

Entre 2001 et 2011, le nombre d’hommes actifs s’est accru de 11%, celui des actives de quelque 15%, fruit du développement du travail à temps partiel et de la tertiarisation de l’économie; durant cette période, le taux de chômage des femmes a pourtant été systématiquement plus élevé que celui des hommes, soit de 4,5% en 2011 contre 3,8% au sens du BIT pour qui est au chômage toute personne sans emploi, disponible et recherchant activement un emploi. Comme le note Alain Vuille, chef de la section «Travail et vie active» à l’OFS, «tant le chômage frictionnel – né du temps nécessaire pour trouver un travail après une période d’inactivité ou après la perte imprévue d’un emploi – que le chômage structurel, conséquence notamment des décalages entre compétences offertes et demandées, restent plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Les hommes sont en revanche plus exposés au chômage conjoncturel, dépendant, lui, de l’évolution économique.» En comparaison internationale, le taux de chômage des hommes dépasse celui des femmes dans 11 pays membres de l’UE-27, mais que 15 pays connaissent une situation inverse.

Dans son parcours destiné à élucider si être une femme est un facteur de risque en matière d’emploi, l’OFS examine les divers motifs de chômage. Il en ressort que l’écart entre hommes et femmes est particulièrement marqué pour les ressortissants d’Etats tiers, dont les femmes affichent un taux de chômage BIT de 13,8% – les hommes de 10,6% «seulement». Comme le montre l’analyse, ces femmes présentent d’ailleurs plus souvent un faible niveau de formation. Globalement, ce facteur pèse lourdement sur la durée du chômage, de 245 jours pour elles, 226 pour eux. L’impact des enfants, surtout en bas âge, est aussi plus important pour les femmes que pour les hommes: le taux de chômage passe pour elles de 5,2% pour un enfant de moins de 7 ans à 3,9% quand celui-ci a entre 7 et 14 ans. Pour les hommes, il s’agit respectivement de 2,3% et 1,7%.

On le sait, les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à quitter temporairement le monde du travail pour raisons familiales, ce qui apparaît dans l’analyse de l’OFS comme le facteur explicatif majeur de cette inégalité entre homme et femme. Etrangement, une même catégorie de réponses amalgame «raisons personnelles» et «raisons familiales». Ce choix ne dilue-t-il pas l’importance de la répartition genrée des charges familiales en Suisse? «Les réponses restent assez nettes, puisque seuls 4,5% d’hommes se réfèrent à cette catégorie comme motif d’abandon de leur dernier emploi, contre 16% de femmes. Mais il est vrai qu’il serait intéressant de distinguer ces deux types de raisons lors de prochaines enquêtes», reconnaît Alain Vuille.

Au sortir d’une inactivité professionnelle, plus de la moitié des femmes concernées cherche un emploi sans passer par un office régional de placement (ORP) – et sans toucher d’indemnités. Ce qui, en Suisse, se répercute sur la visibilité du chômage féminin.  Le Secrétariat d’état à l’économie (SECO) ne comptabilise en effet que les personnes en recherche d’emploi disponibles immédiatement et inscrites en ORP.

Invisibles à l’ORP

L’analyse de l’OFS boucle enfin son parcours par une sorte de réduction ad absurdum. Au moyen d’une régression «logistique» qui suspend le facteur «interruption de carrière», elle montre que pour les personnes proches du marché du travail, «toutes choses égales par ailleurs», le sexe n’aurait quaisment pas d’impact sur la vulnérabilité au chômage (BIT). Interrompre sa carrière apparaît ainsi comme un facteur majeur d’inégalité.

L’étude s’appuie sur l’enquête suisse sur la population active (ESPA). «Les données de l’ESPA permettent de tenir compte de toute personne sans travail, en recherche d’emploi et disponible à court terme, ce qui correspond à la définition internationale et permet donc des comparaisons avec d’autres pays, souligne Alain Vuille. Les séries statistiques ainsi produites ont notamment pour avantage de ne pas être influencées directement par des modifications dans le cadre de l’assurance chômage.» Un élément qui a son importance, comme on l’a vu lorsque la dernière révision de la loi sur le chômage a soudain «produit» une baisse des demandeurs d’emploi.

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