Cour des comptes: gauche et droite main dans la main
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GENEVE • Le scénario d’une liste gauche-droite pour l’élection de cet automne se profile. Le socialiste François Paychère serait candidat au poste de magistrat titulaire aux côtés du Vert sortant Stanislas Zuin et d’un PDC.
Ce serait une première. Au niveau cantonal du moins. Une liste gauche-droite, avec des représentants des quatre partis gouvernementaux – PDC, PLR, Verts et PS – pour l’élection à la Cour des comptes de cet automne. Etonnant? Certes. C’est pourtant le scénario qui se dessine aujourd’hui.
Les discussions ont commencé en avril déjà à la faveur d’une rencontre entre Stanislas Zuin, actuel président de la Cour des comptes (Verts), et Béatrice Hirsch, présidente du PDC. Daniel Devaud (Ensemble à Gauche), qui a depuis annoncé qu’il ne se représenterait pas (lire nos éditions de lundi et mardi), raconte: «Il s’agissait de voir si deux listes de non agression, une de gauche avec Stanislas Zuin et moi comme titulaires, et une autre de droite avec un candidat PDC étaient envisageables.»
Bon, ça, c’était avant que les relations entre les deux hommes ne se dégradent... A cet égard, la décision du juge d’Ensemble à gauche de ne pas se représenter a été accueillie avec soulagement. Ne restait plus qu’à écarter l’UDC.
Approché début juillet, Yves Nidegger a évidemment poliment, mais fermement, décliné le poste de suppléant qu’on lui offrait pour se lancer dans la bataille aux côtés de ses nouveaux alliés MCG. Ayant été soutenu par toute la droite pour obtenir un poste de magistrat titulaire il y a un an, il n’entendait pas se contenter d’un strapontin cet automne à la faveur d’une subite amnésie démocrate-chrétienne.
Désormais, l’idée d’une liste gauche-droite – autour du magistrat sortant Stanislas Zuin, dont le travail est unanimement salué – faisait son chemin au sein des partis de gouvernement. «Le but est de faire une liste plus pointue en termes de compétences et moins politisée», explique Béatrice Hirsch.
«On était suspendu à la décision de Daniel Devaud depuis un mois. La situation s’est enfin décantée lundi et nous pouvons revendiquer un siège», reconnaît Alberto Velasco, député et membre du comité directeur du PS. Avec un candidat qui pourrait mettre tout le monde d’accord: François Paychère. Juge à la Cour de justice, ancien substitut de Bernard Bertossa, il avait été, en 2008, le candidat malheureux de la gauche face à Daniel Zappelli pour le poste de procureur général.
La droite pourrait-elle renoncer à tenter d’emporter une majorité à la Cour des comptes? Et le PLR se désister au profit du PDC, dont le magistrat sortant, Stéphane Geiger, avait annoncé depuis longtemps qu’il ne se représenterait pas? Possible. Le PLR a placé les siens au Conseil d’Etat et entend bien faire réélire Olivier Jornot au poste de procureur l’année prochaine. «On attend des magistrats à la Cour des comptes une qualité d’expertise avant un engagement politique», déclare Alain-Dominique Mauris, président du parti. «Dans ce cas, le PLR sera prêt à faire les renoncements nécessaires.»
Ensemble à Gauche s’est également vu proposer un poste de suppléant. «Je ne pense pas que nous soyons intéressés», lâche Pierre Vanek, secrétaire de Solidarités. Il est vrai que les suppléants, durant l’actuelle législature, auront singulièrement eu le sentiment de servir de pots de fleurs. Et pour cause, ils n’auront tout simplement pas participé aux travaux des juges titulaires.
La volonté de «dépolitiser» la Cour des comptes, de transformer l’élection en un débat «technique» autour d’un collège d’«experts» semble soudainement largement partagée. Reste une question: la démocratie sort-elle grandie de cette répartition des postes préélectorale?
Pour Alberto Velasco, il s’agit de mettre en avant une «liste républicaine pour faire barrage à l’extrême-droite». Pierre Vanek se montre plus réservé: «Le débat sera forcément politique, et c’est légitime lors d’une élection populaire. Quant aux citoyens, ils n’auront pas de véritable choix.» I





