Problèmes en cascade à la Clairière
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GENEVE • Rien ne va plus au centre de détention pour mineurs de la Clairière. Sa directrice en a été écartée à la suite d’une série de fugues et cette décision fait des vagues.
La Clairière, centre d’observation et de détention pour mineurs, souffre de problèmes endémiques. Et les cinq évasions constatées entre jeudi 16 et samedi 18 août ont encore péjoré la situation, puisqu’un article de La Tribune de Genève nous apprenait hier que Dominique Roulin, la directrice du centre, en avait été écartée. Cette décision n’est pas du goût de tous et d’aucuns dénoncent une action injustifiée, à l’encontre d’une personne appréciée et compétente dans son domaine. Le codirecteur de la Clairière étant en congé maladie, la gestion de l’établissement a été attribuée à Sandra Favre, par ailleurs directrice générale ad intérim de l’Office pénitentiaire genevois (OFPEN). Or beaucoup lui reprochent son manque d’expérience dans le domaine de la gestion de centres de détention et s’étonnent de sa nomination.
Tensions internes et restrictions budgétaires
Indubitablement, une partie du problème réside dans le manque de moyens de la Clairière. «Le personnel est démuni», se désole Pierre-Alain Dufey, vice-président du syndicat des gardiens de prison. «Tant qu’on ne fera rien, la situation continuera à empirer. Aujourd’hui, il arrive que les gardiens se trouvent seuls avec cinq ou six détenus en promenade. Si l’un d’entre eux s’échappe, que voulez-vous faire? Lui courir après et laisser les cinq autres?» Pierre-Alain Dufey avait déjà évoqué ces problèmes plusieurs mois en arrière, sans obtenir plus d’effectifs. La faute à un budget bloqué, mais aussi à «un manque total de vision d’avenir par le politique», remarque-t-il.
«Ici, ça n’est pas une grande colonie de vacances. Ces ados sont avant tout des détenus et nous, gardiens, devons protéger les personnes et éviter les fugues avant tout», poursuit-il. Ces propos mettent en lumière une faille de la Clairière: deux visions éducatives s’y opposent. Car d’autres estiment qu’il faut mettre l’accent sur l’écoute et le dialogue avec ces mineurs, et préfèrent une approche plus sociale. Ancienne pasteure, Dominique Roulin est de ceux-là et doit donc faire face à une division au sein du personnel quant à la conduite à tenir face aux détenus mineurs.
Une nomination contestée
Plus grave que ces dissensions internes, des voix internes et externes s’inquiètent du choix de Sandra Favre comme directrice par intérim. Pierre-Alain Dufey remarque: «Elle a débarqué dans le domaine. Elle a dû apprendre et faire sa place, mais elle n’est pas forcément la plus qualifiée pour ce poste.» Même son de cloche, quoique bien plus critique, du côté d’autres personnes qui ont eu affaire au centre de la Clairière. Car selon plusieurs observateurs proches du dossier, Sandra Favre est comptable, et n’aurait pas d’expérience particulière dans le monde carcéral ou social. C’est Isabel Rochat qui l’avait nommée à la tête de l’OFPEN au mois de février, à la suite d’un audit catastrophique sur la direction de cet organe.
Du côté de la commission des visiteurs officiels, le libéral Renaud Gautier affirme que Dominique Roulin «a fait un travail extraordinaire, et est appréciée par un grand nombre d’acteurs de la justice des mineurs». La socialiste Loly Bolay et la PLR Christiane Favre partagent cet avis.
Les exigences de Berne
Dominique Roulin ferait en fait les frais d’une pression interne et se verrait constamment mettre des bâtons dans les roues. «On en a fait un bouc émissaire, dans cette histoire. Elle avait dû s’absenter, lorsque se sont produites les dernières évasions, et on ne l’a même pas avertie de la situation», indique-t-on sous couvert d’anonymat.
Ni Dominique Roulin ni Sandra Favre n’étaient joignables hier pour donner leur vision des faits. Au Département de la sécurité (DS), aucune information ne filtrait, si ce n’est pour dire que «le DS est en phase d’analyse» et que rien ne pourra être dit avant plusieurs mois.
A noter qu’il devient urgent de trouver une solution à ces problèmes. Berne a exigé de la Clairière qu’elle revoie son concept éducatif avant l’automne si elle souhaite toucher la subvention fédérale, se montant à 1,4 million de francs. I





