Daniel Devaud, un sale caractère, mais pas seulement
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COUR DES COMPTES • Le juge genevois ne s’est pas fait que des amis au cours de sa carrière. Mais a-t-il tort sur le fond?
Daniel Devaud doit se sentir un peu seul en ce moment. Le juge d’Ensemble à gauche ne s’est pas fait que des amis durant sa carrière, loin s’en faut. Mais quand même. Il y a un an, toute la gauche était rassemblée derrière lui pour le faire élire à la Cour des comptes face à Yves Nidegger (UDC). Désormais, ses soutiens se font rares en dehors de sa famille politique.
Il y a ceux qui parlent de lui comme d’un homme au caractère exécrable aux côtés duquel plus personne ne voulait se représenter! Et puis certains éléments qui viennent accréditer la thèse selon laquelle la vie ne serait pas forcément un long fleuve tranquille à la Cour des comptes.
«Le choisir n’était pas une erreur de casting mais une bêtise politique, s’amuse Yves Nidegger. C’était couru d’avance. Comme juge à la Cour de justice, l’homme a laissé la trace d’un personnage non dénué d’intelligence mais difficile à vivre.»
Sous couvert d’anonymat, un député de gauche enfonce le clou: «Il est dans une posture d’accusateur, cherche à clouer au pilori certaines personnes, alors que le rôle de la Cour des comptes est d’établir des recommandations en vue d’améliorer le fonctionnement de l’Etat.»
Comme nous l’écrivions dans notre édition d’hier, Daniel Devaud a renoncé à briguer un second mandat. Dans une lettre à son parti, il dénonce des dysfonctionnements au sein de la Cour des comptes, une impossibilité à exercer correctement sa mission, des divergences de vues avec ses collègues sur les valeurs à défendre. Sans donner davantage de détails «pour l’instant» sur le fond, se réfugiant derrière le secret de fonction.
Deux démissions en un an
A la lumière de cette lettre, la démission de son prédécesseur, Antoinette Stalder (PS), apparaît sous un jour nouveau. A l’époque, l’intéressée avait refusé de s’exprimer. Des «raisons personnelles» avaient été évoquées par le président de la Cour des comptes, Stanislas Zuin (Verts). Une position que l’ancienne juge maintient aujourd’hui, mais elle lâche cependant être soulagée d’avoir «quitté ce guêpier».
«Deux magistrats de gauche qui démissionnent à un an d’intervalle, ce n’est pas banal. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de bilan? Qui est censé faire la lumière là-dessus?» s’interroge Pierre Vanek, permanent de Solidarités.
A l’époque, Le Matin Dimanche avait évoqué ce départ prématuré comme étant «une protestation contre les dysfonctionnements qui règnent à la Cour des comptes», notamment des audits écartés et un taux de rotation du personnel de près de 20%.
Du sang neuf
Ancien député UDC, expert-comptable, Claude Marcet renchérit: «La démission du juge Daniel Devaud ne m’étonne pas, car c’est un homme intègre. Cette intégrité, que professionnellement je connaissais et qui m’a conduit à le soutenir lors de sa candidature, a dû très certainement le mettre en porte-à-faux dans certains dossiers.»
Désormais la balle est dans le camp du Bureau du Grand Conseil, qui a été saisi en tant qu’autorité de surveillance de la Cour des comptes. Le renouvellement de la Cour, cet automne, devrait apaiser les tensions. Avec quels candidats? Un juge ne constitue pas forcément le meilleur profil. «Il faudrait un peu de sang neuf. La gauche et la droite ont un peu trop eu tendance à présenter des magistrats en fin de carrière», estime un avocat.
Le socialiste René Longet, ancien conseiller administratif d’Onex, désormais en charge de Pro Juventute pour la Suisse romande, déclare ne pas être sur les rangs. Rappelons qu’il avait finalement retiré sa candidature l’an dernier au profit de Daniel Devaud.
Du côté d’Ensemble à gauche, les candidats ne se bousculent visiblement pas au portillon. Tandis que chez les Verts, Stanislas Zuin devrait se représenter, même s’il ne l’a pas encore annoncé officiellement.
Une liste MCG-UDC
A droite, le bel accord passé entre l’UDC et l’Entente a volé en éclats. Ainsi, l’UDC et le MCG ont déposé une liste commune avec Yves Nidegger comme magistrat titulaire, Antoine Bösch et Françoise Sapin comme suppléants. Les partis ont jusqu’au 24 septembre pour dévoiler leurs ambitions. I





