Fichage ADN: un bazooka pour attraper des mouches
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Sans doute est-ce l’effet de la chaleur… On se demande encore ce qui a pris le commandant de la police du Jura, Olivier Guéniat, au moment de lâcher sa bombe au Matin dimanche1. Le criminologue, jusqu’ici plutôt connu pour sa modération, propose en effet de prendre l’empreinte ADN de chacun des requérants d’asile entrant en Suisse – à défaut, les hommes célibataires – histoire d’élucider plus facilement certains délits en forte augmentation: vols à la tire, vols dans les voitures, vols dans les appartements. Un bazooka pour attraper des mouches?
Sans méjuger de l’extrême agacement que provoque ce type de délits dans la population et de l’implication de certains requérants, on se demande si le chef d’une police cantonale est dans son rôle quand il stigmatise publiquement une population déjà marginalisée. On se doute que l’intention n’était pas celle-ci, mais son raisonnement, brut de décoffrage, pouvait-il provoquer autre chose?
La proposition – pour séduisante qu’elle paraisse, comme toute réponse simpliste – pose au moins trois problèmes. Le premier – et c’est un comble! – concerne son efficacité supposée. Les données documentant l’augmentation de ces délits convergent en effet pour dessiner une population délinquante extrêmement limitée mais très active. Autrement dit: des récidivistes de menus larcins, qu’il est impossible d’emprisonner durablement ni d’expulser rapidement. Face à ces personnes qu’Olivier Guéniat décrit lui-même «sans espoir de rester» et qui «commettent des délits sériels sans retenue»1, le fichage préalable n’apporte qu’une réponse extrêmement marginale.
En revanche – et c’est le deuxième problème –, la proposition vient distiller une nouvelle fois l’idée que certains groupes sociaux sont dangereux par essence. Qu’il faudrait donc s’en prémunir collectivement et, si possible, préventivement. A quelques semaines d’un vote au Conseil des Etats qui devrait durcir encore davantage les conditions d’accueil des demandeurs
d’asile, on se serait bien passé des conseils du bon docteur Guéniat pour lutter contre le «sentiment d’insécurité» et la «xénophobie»1. Ou alors, on aurait préféré qu’il alerte, comme il le fait dans nos colonnes, sur les risques, en termes de hausse de la criminalité, si l’on venait à priver tous les requérants d’asile de l’aide sociale, comme l’envisagent les Chambres.
Le fichage génétique n’est pas la pratique anodine qu’on cherche à nous vendre. Depuis les prélèvements effectués sur des criminels sexuels aux premiers temps de l’ADN judiciaire, on est passé au fichage de tous les délinquants puis à celui de simples suspects. Désormais, on s’attaque aux «groupes criminogènes», selon les termes, hier, d’un confrère lémanique. Pourquoi s’arrêter aux seuls requérants d’asile?
La puissance des banques de données, la multiplication des réseaux et les progrès dans la lecture des prélèvements ADN rendent ces fichiers biologiques extrêmement difficiles à contrôler démocratiquement. Quant à leur efficacité policière, en l’absence d’une enquête approfondie, typique dans ce genre de larcins, elle est soumise à caution. Du coup, la restriction de ces prises d’ADN aux délits les plus graves n’est pas une lubie de quelques complotistes mais une nécessité démocratique.





