Lakhdar Brahimi pilonné par les insurgés
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SYRIE • C’est mission impossible, épisode II. Alors même qu’il n’est pas encore entamé, le mandat du nouveau médiateur international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, semble condamné à un cuisant échec.
Depuis sa nomination vendredi, Lakhdar Brahimi, reçu hier par le président français François Hollande, subit un tir groupé de la part de l’opposition syrienne qui le traite des pires noms d’oiseaux sur les chaînes d’informations en arabe. Les insultes fusent: «Collabo», «main de la Russie», «nous n’avons pas besoin d’un nouveau chabiha au service de Bachar»...
Les révolutionnaires vont jusqu’à accuser l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères, 78 ans, de complicité avec Damas en fermant les yeux sur les crimes du régime. Le Conseil national syrien (CNS) a haussé le ton en demandant au diplomate algérien de présenter des «excuses» pour ne pas avoir exigé le retrait de Bachar al-Assad lors d’un entretien accordé à l’agence de presse Reuters.
Accusé de mépris
Du tac au tac, le nouvel émissaire de l’ONU en Syrie a déclaré qu’il ne savait pas si le moment était venu pour demander le départ du président syrien Bachar al-Assad. «Il est bien trop tôt pour que je puisse prendre position sur ce sujet. Je n’en sais pas assez sur ce qu’il se passe.» Selon l’opposition, ses propos offrent au président Bachar et à son clan «le droit de tuer encore des dizaines de milliers de Syriens».
Le CNS accuse notamment Lakhdar Brahimi de faire preuve de «mépris envers le sang versé par le peuple syrien». Pour les révolutionnaires, le successeur de Kofi Annan doit exiger d’emblée le départ du président syrien avant même d’entamer sa mission et d’inviter l’opposition à la table des discussions. Sinon, son mandat servira à «donner à Bachar al-Assad le temps dont il a besoin pour détruire les fondements de la société syrienne. Nous exigeons que l’émissaire, qui n’a pas consulté de Syriens à propos de sa mission, présente des excuses à notre peuple», menace le CNS dans un communiqué.
Des clarifications
Le diplomate algérien, qui devrait arriver jeudi au siège des Nations Unies à New York pour reprendre le dossier des mains de Kofi Annan, démissionnaire pour la fin du mois, tente de calmer le jeu et appelle toutes les parties à la retenue. Intervenant depuis Paris sur la chaîne d’information saoudienne Al Arabya, Brahimi a apporté des clarifications aux propos rapportés par les médias. Il a tenu à préciser qu’il n’avait pas évoqué le devenir de Bachar al-Assad et qu’il était prématuré pour lui de dire le moindre mot sur le «contenu» de sa mission.
Mais ses déclarations ne convainquent pas pour l’instant le Conseil national syrien, qui veut que Lakhdar Brahimi fasse du départ du président syrien une condition sine qua non de son engagement. Reste que c’est l’ONU et la Ligue arabe qui fixent le cadre de travail de Lakhdar Brahimi, et non le CNS qui est partie prenante au conflit. Du coup, ce diplomate chevronné qui fut émissaire de l’ONU au Liban, en Afghanistan et en Irak, appelle l’opposition à la raison: «Ma tâche est de mettre fin à la crise en Syrie.»
Les pays du Golfe
Cette guerre des mots entre Lakhdar Brahimi et le CNS illustre parfaitement les difficultés qui attendent le nouvel émissaire et sur lesquelles a échoué Kofi Annan. Même si la nomination du nouveau médiateur de l’ONU a fait l’objet d’une approbation «unanime», des pays occidentaux, de la Russie, de la Chine et de Damas. Les attaques du CNS «sont autant de missiles téléguidés par les pays du Golfe, Qatar et Arabie saoudite en tête», affirme un diplomate algérien. «Les obstacles qui attendent Lakhdar Brahimi sont quasiment infranchissables.» Pendant que la communauté internationale tergiverse sur les efforts pour résoudre la crise en Syrie, le conflit s’enlise et la guerre civile risque de s’installer dans la durée, surtout après le départ des derniers observateurs de l’ONU. Les combats font rage à Damas et à Alep, a annoncé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), faisant plusieurs morts. La population civile est la première victime dans un pays où la situation humanitaire reste dramatique. I






