Mercredi, 19 juin 2013

En avant les cours de musique!

MARDI 21 AOûT 2012

VOTATION FÉDÉRALE • Le conseiller fédéral Alain Berset et les cantons, représentés par Isabelle Chassot, accordent leurs violons pour soutenir le contre-projet sur la formation musicale des jeunes.

Laissée jusqu’ici à l’initiative des collectivités locales, la formation musicale des jeunes doit devenir un objectif national. Dans le rôle du chef d’orchestre, Alain Berset a lancé hier la campagne de soutien à l’arrêté fédéral qui vise à harmoniser les pratiques dans toute la Suisse. Pour ce faire, le ministre de la Culture a obtenu l’appui des cantons par l’intermédiaire de la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot. Selon un sondage publié vendredi dernier, 68% des votants s’apprêtent à approuver cet objet le 23 septembre.

Un cas particulier
«Si la musique nous est si chère, c’est qu’elle est la parole la plus profonde de l’âme», écrivait Romain Rolland. En Suisse, «la culture, et la musique en particulier, sont importantes» dans le cœur des gens, renchérit Alain Berset en se référant aux milliers de chœurs, orchestres et fanfares du pays.
Pianiste de jazz à ses heures, le conseiller fédéral évoque aussi bien les groupes de rock que la dernière Fête romande des yodleurs, en juin à Planfayon. Présent à ce grand rendez-vous en Singine, il a observé qu’en plus d’adoucir les mœurs, la musique est un facteur d’unité, un ciment social qui «passe par-dessus les frontières linguistiques». C’est donc un art particulier, au point que le Conseil fédéral n’hésite pas à la traiter comme un cas à part en lui consacrant un article constitutionnel. C’est l’aspect le plus controversé du débat.
Déposée en 2008, l’initiative populaire «jeunesse+musique» demandait à la Confédération de fixer les principes de l’enseignement de la musique, notamment à l’école. Nombre minimum d’heures de cours pour les élèves, formation obligatoire pour les enseignants: le texte prévoyait une «ingérence trop forte dans la politique des cantons», estime Alain Berset, qui s’est réjoui du retrait de cette initiative en mars 2012. Le mérite du contre-projet élaboré par le parlement, c’est de maintenir des exigences minimales pour la formation musicale des jeunes, tout en préservant la souveraineté des cantons en matière scolaire, ajoute le chef du Département fédéral de l’intérieur (DFI).

Pas de cacophonie
L’arrêté fédéral soumis à votation populaire veut renforcer l’apprentissage de la musique et l’ancrer dans la Constitution. En premier lieu, il s’agit de promouvoir un enseignement de qualité à l’école. Les cantons édicteront des objectifs nationaux pour harmoniser leurs pratiques, afin qu’un élève qui change de canton de domicile ne soit pas défavorisé.
En dehors de l’école, la Confédération entend fixer des principes pour faciliter l’accès des jeunes à la pratique musicale. Cela touche surtout les écoles de musique, dont les tarifs varient aujourd’hui considérablement d’un canton et d’une commune à l’autre. Là aussi, le principe de l’harmonie doit l’emporter sur une certaine cacophonie actuelle. Pour Alain Berset, c’est une question d’«égalité des chances».
Le contre-projet prévoit aussi des mesures pour détecter les jeunes talents et leur permettre de concilier activité musicale et scolarité. C’est l’un des domaines où la Suisse a encore des progrès à accomplir. Directeur de l’Office fédéral de la culture, Jean-Frédéric Jauslin prend l’exemple du Festival de Verbier, où «le nombre de jeunes musiciens suisses est faible» par rapport aux représentants d’autres nations. Enfin, le nouvel article constitutionnel demande à la Confédération et aux cantons de soutenir l’activité musicale, par exemple en contribuant au financememt de concours de musique pour les jeunes.

Le bémol des cantons
En juin, la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) a pris position en faveur du contre-projet. Au niveau de la scolarité obligatoire, la présidente de la CDIP Isabelle Chassot n’y voit aucun inconvénient, puisque l’harmonisation des objectifs entre cantons est déjà en cours. «La formation musicale en fait partie.»
C’est sur le plan de la formation extrascolaire que les cantons mettent un bémol. «La Confédération doit faire sa part en terme de coûts, nous y seront attentifs», avertit la conseillère d’Etat fribourgeoise. Qui rassure toutefois Alain Berset: pour les cantons, il y a «plus de dièses que de bémols» et la tonalité est «allegro ma non troppo».
Au niveau politique, un comité interpartis s’est formé pour soutenir le nouvel article. Le PDC, le PS, les Verts, le PBD, les Vert’libéraux et le Parti évangélique y sont représentés. Plusieurs parlementaires PLR y figurent aussi. Mais pas Ruedi Noser, pour qui l’arrêté fédéral n’aide en rien la formation musicale. «Pourquoi inscrire cela dans la Constitution? Après cela, d’autres initiatives seront lancées pour soutenir d’autres domaines», juge le libéral-radical zurichois, qui ­soulève aussi les entorses faites au fédéralisme. I

 
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