Le vent brûlant de la colère
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PREMIER ROMAN • «LE BOIS DES HOMMES» DE FABRICE LOI
Une alerte passée inaperçue! Tel est le sentiment que donne Le Bois des hommes, premier roman de Fabrice Loi, long et sifflant comme un vent au souffle brûlant de colère. Tout part de la rencontre à Paris, sur un chantier, entre un jeune charpentier français – le narrateur – et Abdullaye Diarra, un sans-papier originaire du Mali. Une amitié va naître entre celui qui recouvre d’un toit des maisons qu’il n’habitera pas et l’immigré qui dort à la belle étoile quand les foyers surpeuplés où il trouve parfois refuge n’ont plus de place et le jettent sous les ponts.
Des ponts, il s’en construit dans ce roman nomade! Le Bois des hommes nous transporte de la Ville Lumière à celle de Bamako, où même les lucioles s’éteignent aujourd’hui sous les ténèbres voulues par une soldatesque ivre d’elle-même, sans considération pour la protection des gens, des biens et du territoire. De quel bois sont faits les hommes? C’est la question qui domine cette histoire sur l’amitié et la misère du siècle: la mondialisation. Pour l’auteur, celle-ci n’est ni plus ni moins qu’une centrifugeuse qui broie tout, indifférente aux hommes, aux cultures et aux latitudes. Abdullaye Diarra expulsé au Mali, son ami français qui l’y a suivi confie justement: «Ma société était en train d’être cassée, centrifugée; la sienne l’était depuis cent vingt ans. Ensemble, les deux ouvriers précaires que nous étions devenions forts.» Munis de ce maigre viatique, ils sont embauchés pour la construction d’un pont à Bamako, et plient cette fois sous la férule des Chinois. «Ils raflent tout. Les sculpteurs burkinabés n’ont même plus de cuivre pour couler leurs bronzes. Le métal a pris quatre cents pour cent en bourse», s’étrangle le narrateur. Quand le soleil est virulent et que les ordres du contremaître asiatique le surpassent en intensité, notre travailleur blanc et essoré se souvient de son Périgord natal et de son bienfaisant abricotier. Lorsque les cris du contremaître pleuvent comme des coups de cravache, notre Bamakois se réfugie dans le temps où il enlaçait Alma, l’Espagnole aux reins flamenco. Les nuits d’avril, aussi chaudes que le jour – il fait 45° tandis que crépite le charbon sous la théière –, monte aussi le désespoir des jeunes Africains ne rêvant que de fuir le continent. Au loin, Tiken Jah Fakoly chante, fataliste ou lucide: «Plus rien ne m’étonne.» De quel bois sommes-nous faits? De celui qui rompt à la moindre secousse? Les Maliens et tous ceux que le sort du pays intéresse gagneraient à lire cet ouvrage qui invite chacun à une vigoureuse autocritique!
FABRICE LOI, LE BOIS DES HOMMES, ED. YAGO, PARIS, 2011, 400 PP.





