Rubik: échec et mat
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Les pratiques des banques suisses comparées à du «crime organisé»! Le chef du Parti social-démocrate allemand Sigmar Gabriel n’aurait pu trouver image plus crue pour qualifier les filières de l’évasion fiscale orchestrées depuis la Suisse. La flèche décochée dimanche par le possible successeur d’Angela Merkel touche là où ça fait mal: le langage feutré entre partenaires capitalistes appartient au passé. La crise financière a mis le feu aux Etats. Chacun pour soi, et le fisc reconnaîtra les siens.
L’illusion d’une Suisse prospère au cœur du chaos européen commence à s’estomper. Avec probablement un tiers de la fortune offshore dans ses coffres, le pays est devenu une cible évidente. Comment la France, qui voit entre 40 et 100 milliards de francs s’envoler chaque année, pourrait-elle demeurer impassible alors qu’elle cravache pour réduire son déficit estimé à… 100 milliards en 2012!
En Grèce, ce sont 12% à 15% du PIB qui échapperaient aux taxateurs. Le manque à gagner pour Athènes flirte avec les 55 milliards de francs, soit deux fois le déficit des comptes publics. En Grande-Bretagne, on estime que 6% de la richesse nationale a été camouflée. En Italie, on parle d’un quart…
Les Allemands le disent autrement. Ils estiment que leurs évadés fiscaux auraient accumulé entre 150 et 220 milliards de francs dans le seul paradis helvétique. Du coup, l’accord fiscal «Rubik» négocié entre Berne et Berlin, qui doit rapporter à l’Allemagne entre 5 et 7 milliards par année, fleure le petit arrangement entre amis. Pragmatique, l’Allemagne a accordé aux banques suisses le curieux privilège de recenser elles-mêmes les avoirs à taxer. Mieux: elle accepte que le travail des enquêteurs allemands soit entravé, puisque l’accord est moins favorable que les engagements suisses auprès de l’OCDE. Quant au taux d’imposition prévu, il est environ deux fois moins élevé pour les évadés que celui appliqué aux contribuables allemands en règle!
On comprend dès lors le mécontentement des sociaux-démocrates allemands, mais un peu moins l’empressement d’Angela Merkel à défendre cet accord. A se demander si la chancelière ne pense pas d’abord à sa clientèle électorale friande de comptes numérotés… Quoi qu’il en soit, l’accord paraît condamné, le centre-gauche détenant une majorité de blocage au sein du sénat allemand, qui doit encore le ratifier.
Côté suisse, la stratégie de l’indignation montre ses limites. Les méthodes musclées utilisées par Washington ou certains Länder allemands dans leur lutte contre la fraude fiscale ne seraient pas nécessaires si la Suisse acceptait de négocier autrement que sous la menace ou le dos au mur.
La «stratégie de l’argent propre» vantée par le Conseil fédéral reste à inventer. Les maigres avancées ne dissimulent déjà plus les blocages. Le dernier rapport du réseau associatif Tax Justice Network dépeint toujours la Suisse comme l’un des paradis fiscaux les plus opaques de la planète. Aucun discours avenant ne pourra masquer le fait qu’en Suisse voler et receler de l’argent public n’est pas un délit mais un des piliers de l’économie nationale.





