Pro Senectute lance la colocation pour personnes âgées à Neuchâtel
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VIVRE ENSEMBLE (V) • Les appartements partagés dits «Domino» diffèrent, voire évitent, l’entrée des aînés en EMS. Un concept qui parie aussi sur la mixité sociale.
«C’est de la coloc’ pour les troisième et quatrième âges!» lance Francis Kneuss devant les deux appartements protégés en chantier à la rue des Billodes au Locle. Inaugurés le 20 septembre prochain, les logements pourront accueillir quatre locataires chacun.
Au rez-de-chaussée de l’immeuble, propriété du home La Résidence: le nouveau lieu d’accueil parascolaire du Locle. L’alliance confirme la volonté de mixité sociale du concept Domino, l’acronyme de «domicile nouvelle option».
«Domino s’adresse à ceux qui le choisissent sciemment», insiste Francis Kneuss, mandaté par la fondation Pro Senectute pour promouvoir le concept dans l’Arc jurassien. A Courrendlin (Jura), un premier Domino est en fonction depuis décembre dernier.
Le Service de la santé publique neuchâtelois a confié en 2010 la promotion de ce type d’habitat à Pro Senectute. L’ancien directeur d’EMS est confiant face aux avantages de la formule: «Nous bénéficions de l’expérience du Centre médico-social de Sierre (CMS), qui pratique le Domino depuis quinze ans», explique Francis Kneuss.
«C’est vraiment de la pratique du terrain qu’est venue l’idée», confirme Dominique Germann, directeur du CMS: «On s’est demandé pourquoi des personnes qui souffrent d’isolement ou de problèmes de mobilité dus à un appartement inadapté n’auraient-elles pas d’autre issue que l’EMS?» explique-t-il. Additionnés aux quatre appartements à Sierre et à celui de Miège, les projets en voie d’aboutir au Val d’Anniviers amèneront à 50 le nombre de locataires en Domino. Contre 350 en EMS dans ce bassin de population, qui totalise 45 000 habitants.
Alternative socialisante
«En Domino, chacun dispose de sa chambre (22 mètres carrés en moyenne, ndlr), qu’il meuble à sa guise, et de sa propre salle de bains», explique Francis Kneuss. «En EMS, on est souvent deux par chambre et soumis à des contraintes horaires», compare-t-il. Avec la nouvelle option, le résident reste maître de son rythme de vie, décide s’il veut recevoir ses repas ou s’il préfère cuisiner lui-même. «Libre à lui d’organiser un repas hebdomadaire pour tous», reprend le promoteur, soulignant l’objectif du concept qui vise à créer des liens non
artificiels entre les colocataires.
«Une personne vivant seule qui ne va pas bien hésitera à téléphoner pour demander de l’aide, par peur de déranger», dépeint Francis Kneuss. «En Domino, elle trouvera une oreille attentive grâce à la proximité de ses voisins d’appartement. De même, une petite réparation ou un souci administratif trouvera souvent sa solution dans l’entourage. Les personnes âgées auront ainsi un nouveau rôle social au cœur de la vieillesse», se réjouit le mandataire de Pro Senectute. Outre une bonne dose d’ouverture aux autres, les aînés doivent bénéficier d’une santé physique
et mentale suffisante pour gérer leur vie et recourir elles-mêmes aux soins des services dédiés – essentiellement NOMAD1.
Francis Kneuss souligne également le soulagement que suscite la communauté par rapport au sentiment d’insécurité: «Les aînés vivant seuls éprouvent toujours plus de craintes face à la malveillance.» Partie prenante du concept, une auxiliaire de vie stimule l’entraide et gère les tâches d’entretien communautaire. «Les quelques heures utiles à cette fonction sont incluses dans le loyer», explique le mandataire de Pro Senectute.
Si l’Etat de Neuchâtel mise sur le maintien à domicile des personnes âgées, les coûts de l’habitat partagé sont concurrentiels. «Pour maintenir à domicile une personne seule, les transformations pour adapter un deux-pièces placent le loyer de ce dernier aux alentours de 1200 francs. En Domino, on reste en dessous des 1000 francs mensuels», explique Francis Kneuss. «On correspond ainsi aux critères d’octroi des prestations complémentaires aux faibles revenus.»
Les Neuchâtelois adhéreront-ils?
Reste à savoir si les aînés neuchâtelois adopteront ce mode d’habitat comme leurs homologues valaisans. «D’après l’expérience valaisanne, une personne sur 1000 est prête à franchir le pas de la colocation à l’orée de ses vieux jours», explique Francis Kneuss, convaincu que ce taux va augmenter. «La colocation entre jeunes, voire entre adultes, est devenue monnaie courante. Ce que la génération actuelle des 1970-1980 ans n’a pas connu.»
Et si les étudiants en coloc’ d’aujourd’hui se retrouvaient dans cinquante ans? I
- 1. Neuchâtel Organise le Maintien A Domicile, mandaté par le canton en ce sens. Visite des appartements Domino au Locle: 25 août et 1er septembre, 9h-11h30 et 14h30-17h.
Dix ans pour augmenter drastiquement le maintien à domicile
Mille nouvelles places sécurisées pour le maintien des aînés à domicile d’ici à 2022, tel est l’objectif fixé dans la nouvelle loi de santé ratifiée par le Grand Conseil fin mai dernier. A la clé, une réduction de 460 lits en EMS, où 2400 sont recensés actuellement. Et une économie annuelle de 18,5 millions de francs répartie entre les personnes âgées, les assurances-maladie et l’Etat. Ce dernier devise néanmoins 38 millions de francs supplémentaires pour la prise en charge des personnes dépendantes en raison de la forte progression démographique des aînés.
Aux yeux des professionnels du troisième âge, le challenge de construire ou de rénover 1000 logements en dix ans est très ambitieux, d’autant que la nouvelle loi ne s’accompagne d’aucune mesure contraignante à l’endroit des communes et des promoteurs immobiliers. Mais, pour la cheffe du Département de la santé et des affaires sociales, l’objectif est plus que crédible: «Trois cents de ces logements vont se construire automatiquement», explique Gisèle Ory. Elle s’appuie sur la loi sur les constructions revue en 2004, qui stipule «que les constructions nouvelles destinées à l’habitation collective doivent être conçues, réalisées et entretenues en tenant compte des personnes handicapées physiques et sensorielles». Pour les 700 autres logements, la conseillère d’Etat relève l’intérêt grandissant des promoteurs immobiliers. Et de noter que «plusieurs homes ont des projets de construction d’immeubles d’appartements protégés ou sécurisés à leur proximité».
«Les appartements Domino sont l’une des réponses à la loi», explique Yves Grosclaude, responsable cantonal du maintien à domicile, qui a mandaté Pro Senectute pour promouvoir les appartements Domino. «Quatre ou cinq colocataires comptent comme autant d’appartements protégés, avec l’avantage indéniable du coût: 950 francs en Domino contre 1250 pour un maintien individuel», précise-t-il. pah





