Loyers contrôlés: pourquoi pas en Suisse?
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Le marché d’un bien essentiel qui, sous l’effet de la pénurie, devient inaccessible au plus grand nombre. Une collectivité publique qui intervient pour stopper la spirale spéculative et maintenir les prix en rapport avec les investissements réellement consentis par les propriétaires. Ne rêvez pas: la scène ne se déroule pas dans l’immobilier lémanique mais juste de l’autre côté de la frontière genevoise, où le gouvernement de François Hollande vient d’instaurer, début août, un contrôle des loyers.
Pourquoi ce qui relève du simple bon sens paraît-il utopique –exotique!– en Suisse? Pas une semaine ne passe, pourtant, sans que le scandale du logement dans l’arc lémanique livre une nouvelle déconcertante. Jeudi, les statistiques genevoises nous apprenaient l’existence de quelque 470 appartements vides sur un canton peuplé de près d’un demi-million d’habitants. Il en faudrait six fois plus, selon les experts, pour obtenir un taux de vacance de 2%, signe d’un marché détendu.
Conséquence de cette pénurie savamment entretenue et du boom de l’économie locale: Genevois et Lausannois ont vu leurs loyers gonfler de plus de 7% en une année. Et ce malgré des taux hypothécaires anémiques. Or l’affaire n’est pas nouvelle. Depuis 2005, il est devenu presque un quart plus cher de se loger dans ces deux villes. Ou presque un quart plus lucratif d’y louer un appart, c’est selon.
Face à ce déséquilibre –pour rester poli– la Confédération, souveraine en la matière, demeure coite, laissant les cantons se dépatouiller. A Genève, la stratégie se veut claire: inciter les privés à construire 2500 nouveaux logements par année. Mais les chiffres sont implacables: l’an dernier, à peine plus de mille ont surgi de terre. Dont moins d’un quart de logements d’utilité publique (LUP). A ce rythme, à moins d’une crise économique sévère, le prix moyen des habitations continuera de grimper inexorablement.
Dans des régions où le terrain constructible se fait rare et où la densité dope les recours, seule une intervention directe sur les prix semble en mesure de stopper rapidement la spirale inflationniste. Nos législations, qui laissent le locataire se débrouiller avec le bailleur pour contester les hausses, sont un sommet d’hypocrisie en période de pénurie aggravée. S’ils n’ont pas toute latitude pour fixer les loyers, les Etats de Vaud, Genève et Zurich, les plus durement touchés, devraient au moins faire entendre leur voix auprès de la Confédération.
Une fois les prix sous contrôle, il serait toujours temps pour ces cantons et leurs communes de prendre réellement leurs responsabilités en bâtissant du logement social en suffisance. Là aussi, la France peut nous servir d’inspiration: pourquoi ne pas forcer les communes à héberger un taux minimal de LUP?
On peut toujours rêver!





