Mercredi, 22 mai 2013

Les acteurs des soins à domicile lausannois tirent la sonnette d’alarme

SAMEDI 11 AOûT 2012

LAUSANNE Quarante minutes pour la douche d’un patient, six pour refaire un lit, des dépassements à justifier: les employés se disent à bout.

Un conflit social se fait jour au sein de la Fondation Soins Lausanne (FSL), l’organisme public qui chapeaute les soins à domicile dans la capitale vaudoise. Cette semaine, une vingtaine de salariés, appuyés par le Syndicat autogéré interprofessionnel (S.A.I.P.) et la Fédération syndicale SUD, ont saisi l’Office cantonal de conciliation. Ils font état d’une dégradation importante de leurs conditions de travail, en lien avec l’adoption de nouvelles pratiques de management. Une résolution, signée à ce jour par une septantaine d’employés des centres médico-sociaux (CMS), appelle à «la mise en forme d’un système de soins respectueux des personnes, autant des usagers que des travailleurs».

Chaque acte est minuté

Cible des critiques, l’introduction de l’outil d’évaluation des besoins. Ce système, appelé à se généraliser dans tout le canton d’ici 2014, standardise l’ensemble des prestations à domicile. Conséquence: chaque acte est minuté. Ainsi, le temps imparti pour la douche d’un patient est de quarante minutes; pour livrer un repas ou refaire un lit, six minutes.

Pour les employés des CMS, les cadences imposées par ce chronométrage ont fait augmenter le stress. En tournée, ils disent vivre dans la crainte des dépassements, qu’ils doivent justifier si ceux-ci excèdent cinq minutes. Entre deux visites, le temps de déplacement n’est pas toujours pris en compte. Un soignant, sous couvert d’anonymat, parle aussi d’une mise en concurrence des prestataires. «Nous subissons de plus en plus de pressions. De plus, ce qu’on fait aujourd’hui en 10 minutes, demain on doit le faire en 5 si un collègue y parvient.» L’introduction prochaine de tablettes numériques, avec lesquelles ils devront rendre compte de leurs tournées en temps réel, est vue comme une source de tension supplémentaire.

Au final, ces contraintes détériorent la relation aux patients, avec lesquels les intervenants n’ont souvent plus le temps de discuter. Pis, selon une infirmière, en travaillant dans l’urgence, «on en arrive à devenir dangereux pour les patients». Le minutage s’accompagne d’un contrôle permanent des prestataires de soins, s’insurge le responsable du S.A.I.P., Alain Franck: «Le commandement à distance qui résulte de cette nouvelle application des temps alloués est devenu complètement autoritaire. Résultat, les collègues n’ont aucun espace et la moindre erreur de leur part est sanctionnée. Cela produit des maltraitances qui se répercutent souvent sur les patients.» Dans ce contexte, dépressions et arrêts maladie sont fréquents chez les salariés, note-t-il.

Un climat de méfiance

Directrice de la FSL, Catherine Mamboury Joyet se dit consciente des «souffrances» endurées du fait du minutage des tournées. Elle n’a cependant aucune prise sur une méthode qui s’impose au niveau national. Avec les nouvelles règles de la LAMal, et en raison de la pression des caisses-maladie, les soins à domicile doivent en effet facturer leurs prestations de manière beaucoup plus précise. «Quand on fait une facturation de 75 minutes, alors que les caisses étaient informées que seulement 45 minutes étaient planifiées, elles demandent une justification. C’est ce climat de méfiance des assureurs qui nous a poussés à adopter un nouveau fonctionnement», explique Jean-Jacques Monachon, directeur de l’AVASAD, l’organisme faîtier des soins à domicile dans le canton.

«Mise au placard»

Vis-à-vis du personnel, le but du minutage n’est toutefois pas coercitif, assure Catherine Mamboury Joyet. «Les temps de référence sont indicatifs. En cas de dépassement, les collaborateurs doivent dire ce qui s’est passé, c’est l’explication qu’on reporte en cas de contestation des assurances. Mais nous ne faisons pas pression sur les personnes pour qu’elles remplissent les temps de référence.»

Les syndicats dénoncent également la «mise au placard» d’anciennes collaboratrices, que la FSL aurait jugées «plus en phase» avec la nouvelle organisation des soins. «Certaines personnes n’arrivent plus à suivre dans cette nouvelle donne qu’est l’organisation des CMS. Il n’y a pas de mise au placard; nous essayons au contraire d’accompagner ces personnes vers une reconversion», répond Catherine Mamboury Joyet.

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