Fédérer les communautés étrangères pour renforcer l’intégration
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VIVRE ENSEMBLE (IV) • La Fédération neuchâteloise des communautés immigrées souhaite que les migrants unissent leurs forces et parlent d’une même voix.
Favoriser le dialogue et l’échange entre les différentes communautés étrangères mais aussi entre ces dernières et la population suisse pour tendre à une meilleure cohésion sociale: ce sont en bref les objectifs de la Fédération neuchâteloise des communautés immigrées (Féneci), créée en 2010 sous l’impulsion de la Colonie italienne libre de Neuchâtel-Boudry. «Nous souhaitons par cette initiative limiter la tendance au communautarisme qui, au lieu de renforcer l’intégration, la freine. Nous sommes convaincus que si les immigrants parlent tous d’une même voix, nous serons plus forts et mieux respectés. Si en tant qu’Italien je défends les intérêts d’un Africain, je suis plus crédible que si c’est un autre Africain qui le fait», argumente Gianfranco De Gregorio, président de la Féneci depuis sa création.
Se renforcer à l’interne
Renforcer les liens entre les communautés, ainsi qu’avec les Suisses: l’objectif est ambitieux. Dans le seul canton de Neuchâtel, on ne compte pas moins de deux cents communautés de migrants, pour près de cent cinquante nationalités. Actuellement, dix associations ont intégré la Féneci, ce qui est relativement peu. Mais l’association est encore jeune et travaille à s’agrandir. «Nous sommes maintenant relativement bien connus à l’externe mais nous devons encore nous renforcer à l’interne. Nous sommes à la recherche de nouvelles associations et de nouvelles personnes qui s’engagent», relève Gianfranco De Gregorio.
Dernière en date à avoir intégré la fédération: l’association des Erythréens de Neuchâtel. Il n’est cependant pas toujours facile de convaincre certaines communautés étrangères de l’importance de travailler ensemble, pour défendre des intérêts communs: «Les problèmes identitaires prennent parfois le dessus, ce qui est dommage car ils sont toujours maléfiques», déplore-t-il, tout en refusant de pointer du doigt une communauté en particulier.
Solidarité anciens-nouveaux
Ce n’est pas un hasard si cette initiative émane des immigrés italiens, dont les anciens se souviennent des conditions difficiles dans lesquelles ils ont été accueillis au début des années 1960. Aujourd’hui bien intégrés, souvent munis d’un passeport suisse – comme c’est le cas depuis peu de Gianfranco De Gregorio –, les immigrés italiens de la première heure souhaitent faire bénéficier de leur expérience les migrants récents, principalement d’origine extra-européenne, qui vivent, un demi–siècle plus tard, une situation similaire à la leur. «Nous souhaitons faire comprendre aux Suisses qu’il n’y a aucune différence entre la nouvelle immigration et la nôtre», lance le président, qui estime qu’il est nécessaire de travailler avec la population helvétique pour éviter de créer des clivages ou d’agrandir ceux déjà existants.
Une autre raison sous-tend la création de la Féneci. Au fil du temps, la dynamique de lutte des «années dures de l’immigration» était, selon le président, en train de disparaître: «L’ancienne immigration pense que les droits sont acquis et elle s’est endormie. Mais c’est faux, il faut toujours se battre pour les défendre contre ceux qui souhaitent revenir en arrière», s’exclame-t-il.
Initiative de et pour la base
Enfin, il s’agissait aussi – et surtout – de mettre sur pied une association qui vienne de la base, en opposition avec la Communauté de travail pour l’intégration des étrangers (CTIE). Créée par le Conseil d’Etat neuchâtelois en 1991, celle-ci a pour mandat d’étudier les phénomènes liés aux migrations internationales, aux relations entre Suisses et étrangers et de favoriser l’intégration des populations étrangères dans la société neuchâteloise. Son président – actuellement Claude Bernoulli, ancien directeur de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie – est désigné par le Conseil d’Etat. Tout comme ses quarante membres, parmi lesquels figurent des représentants des administrations communales et cantonales, des services sociaux, des milieux patronaux et syndicaux, des collectivités étrangères et des milieux académiques. «La CTIE est toujours dépendante du pouvoir en place. Ce n’est pas la base qui prend les décisions, même si les communautés choisissent leurs représentants. Nous sommes par ailleurs opposés au culte de la personnalité, qui veut que d’anciens conseillers d’Etat ou représentants des milieux économiques soient élus à la présidence. Ce qui compte pour nous, ce sont les idées véhiculées, pas le statut du président», note, critique, Gianfranco De Gregorio.
En permettant aux immigrés eux-mêmes de s’exprimer, la Féneci comble un vide important dans le canton de Neuchâtel, pourtant reconnu comme l’un des plus avancés en matière d’intégration. Gianfranco De Gregorio, qui ne souhaite pas incarner la Féneci mais plutôt favoriser une dynamique de groupe, a d’ores et déjà annoncé qu’il voulait passer la main.
Religion et politique exclues
Concrètement, la Féneci est constituée d’un comité de huit personnes (un Italien, un Tunisien, un Congolais, deux Turcs, un Camerounais, un Somalien et un Ethiopien), qui se réunit en moyenne une ou deux fois par mois, plus si nécessaire. Tous les deux ans, elle organise un congrès. Pour l’heure, seul celui de création, avec adoption des statuts, a eu lieu. «Nous respectons une règle de base: nous ne parlons pas de religion, d’ethnies ou de politique partisane mais de politique suisse en général, sans nous focaliser sur la problématique de l’immigration. Et ça marche! Nous réfléchissons aussi à la manière d’inciter les migrants à participer à la vie civique et politique du canton», relève le président, qui précise que les étrangers représentent potentiellement une force importante dans le canton puisque ceux qui ont un permis C peuvent voter et élire au niveau communal et cantonal et être élus au niveau communal.
Autre angle d’action: venir en aide à des migrants victimes de discriminations, notamment sur le plan professionnel. «Nous ne souhaitons pas une discrimination positive mais que, à compétences égales, les migrants soient traités comme des citoyens à part entière», insiste le président. En outre, la Féneci organise ou participe à des conférences, prend position sur certains sujets soumis en votation et, cerise sur le gâteau, met sur pied chaque année un tournoi de football entre les écoles primaires du chef-lieu. «Ce tournoi multiculturel auquel enseignants, enfants et parents de tous horizons prennent part symbolise parfaitement l’esprit de la Féneci», conclut Gianfranco de Gregorio.





