22 décembre, 00h01
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FIN DU MONDE (VI bis) «Impossible d’articuler des chiffres, mais le risque est très élevé qu’à partir du 22 décembre aient lieu des actes désespérés.»
«Si le paradis ne vient pas à moi, c’est moi qui irai à lui»: c’est ce type de logique que redoute le théologien Georg Schmid pour le 22 décembre, au lendemain de la fin prophétisée par certaines lectures du calendrier maya. «La désillusion sera énorme: pensez à toute la littérature produite à ce sujet, aux milliers de pages internet qui alimentent encore le débat – ou l’espoir d’une autre terre», ajoute le responsable de Relinfo.ch, le guichet d’information sur les sectes mandaté par l’Eglise réformée zurichoise. «Impossible d’articuler des chiffres, mais le risque est très élevé qu’à partir du 22 décembre aient lieu des actes désespérés.» Pour ne citer que deux types d’effets, certains ont suspendu leurs projets immobiliers; d’autres, raconte l’historien des religions, «ont quitté leur travail et consacrent leur temps à la méditation».
Erreurs de pronostics
En Suisse, quelques centaines de personnes seraient touchées, estime Georg Schmid sur la base des consultations fournies par Relinfo.ch, essentiellement à des proches perplexes. A Genève, au Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), la sociologue Brigitte Knobel constate que ce sont surtout des journalistes qui s’informent sur le phénomène du 21 décembre 2012.
La Miviludes française (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) indique que trente mouvements apocalyptiques ont été recensés en France, rassemblant 30 000 membres. Les Français ne sont pourtant pas les plus crédules. Selon un sondage mené dans 21 pays par l’institut IPSOS, 14% des personnes interrogées pensent qu’elles verront la fin du monde. Les Etats-Unis et la Turquie sont en tête avec 22%, la France et la Belgique en queue avec respectivement 6% et 7%. Une moyenne de 10% est convaincue que cette fin sera signifiée par le calendrier maya, supposé se terminer en décembre 2012.
A mesure que les mois passent, la prudence s’installe, note Georg Schmid. Et ceux qui prêchaient le partage des mondes pour le 21 décembre – entre ceux qui sont prêts à réorienter spirituellement leur vie et les autres – commencent à lever le pied, le medium Bruno Wurtenberger ou la guérisseuse Maria Magdalena Mara, par exemple. Et comment se relève une communauté d’une prédiction non vérifiée? Uriella, la gourou de la secte Fiat Lux, multipliait les annonces funestes, démenties les unes après les autres: «Uriella n’a jamais été en panne d’arguments pour expliquer ses erreurs de pronostics», rappelle Georg Schmid – qui signait en 2006 La Secte de Jésus-Christ, éléments d’un nouveau regard sur le christianisme. «Une fois, c’est grâce à ses prières, une autre en raison de l’intervention d’un certain ange que la fin du monde n’a pas eu lieu. Mais à chaque erreur, le cercle de ses adeptes a faibli. Pas toujours immédiatement, d’ailleurs, car certains d’entre eux étaient dans une situation de dépendance matérielle à son égard.»
Même les Témoins de Jéhovah sont devenus prudents. Comme l’indique un rapport de la Miviludes, «après avoir prophétisé la fin pour 1914, 1925 et 1975, ils ont renoncé à lui donner une date précise. Mais, comme l’indique leur publication La Tour de garde, ils restent sur le qui-vive, guettant tous les signes de la fin du ‘système de choses actuel’.»
Ce sont surtout les ésotériques qui fantasment sur le 21 décembre. En Suisse, selon les derniers chiffres émis par le programme national de recherche PNR58, «Collectivités religieuses, Etat et société», les croyances et les pratiques ésotériques ou holistiques sont importantes pour quelque 9% de la population. L’essentiel des évangéliques n’articule pas de date quant à la fin du monde. Car «nul ne connaît ni le jour ni l’heure», affirme la Bible. Le sociologue des religions Olivier Favre reconnaît néanmoins que le succès du christianisme repose sur le même espoir d’un nouveau monde et d’une autre justice que la prophétie andine, et sur davantage de spiritualité.
Jésus, le retour
La fin des temps est proche, oui. Mais nul ne sait ni le jour ni l’heure. Cette certitude paradoxale constitue l’un des fondements de la foi évangélique. Si la plupart des croyants n’est donc pas pressée de fixer un délai fatidique, la grande nébuleuse évangélique se fait régulièrement entendre à propos de la fin du monde, par exemple lorsque quelques télé-évangélistes américains ...Jésus, le retour
La fin des temps est proche, oui. Mais nul ne sait ni le jour ni l’heure. Cette certitude paradoxale constitue l’un des fondements de la foi évangélique. Si la plupart des croyants n’est donc pas pressée de fixer un délai fatidique, la grande nébuleuse évangélique se fait régulièrement entendre à propos de la fin du monde, par exemple lorsque quelques télé-évangélistes américains ...Un pari pour le paradis
Simple bestseller paru en 1995, Left Behind (Les Survivants de l’Apocalypse) a donné lieu à des films, une série TV et bien des produits dérivés, comme des économiseurs d’écran ou des prophéties envoyées sur téléphone mobile. Soit un empire qui se chiffre en millions de dollars. En juillet 2004, le journaliste et chroniqueur Nicholas D. Kristof s’insurgeait dans le New York Times contre le fait que ces livres célébraient le massacre des non-chrétiens. A quoi les co-auteurs de la série ont répondu qu’ils ne faisaient que relayer la «douloureuse vérité de la Sainte Écriture». Le site web de Left Behind note que ceux-ci «pensent que cette génération sera témoin de la fin de l’histoire». Nicholas D. Kristof s’interroge donc: «Si MM. LaHaye et Jenkins croyaient honnêtement que la fin du monde est imminente, pourquoi ne renonceraient-ils pas à leur royalties pour aider les pauvres?» Et de leur proposer un malin petit troc: «Dans l’éventualité que l’Apocalypse arrive dans les dix prochaines années, je donne 500 dollars pour la bataille contre l’Antéchrist; si cela n’arrive pas, vous donnerez 500 dollars pour une œuvre de bienfaisance que je choisirai et qui combat la pauvreté – et la bigoterie.» DNH





