Jésus, le retour
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FIN DU MONDE (VI) Le retour du Christ, et donc la fin de ce monde, est l’un des fondements de l’eschatologie chrétienne. Si certains évangélistes s’attachent à en décoder les signes, d’autres y voient d’abord un principe d’action.
La fin des temps est proche, oui. Mais nul ne sait ni le jour ni l’heure. Cette certitude paradoxale constitue l’un des fondements de la foi évangélique. Si la plupart des croyants n’est donc pas pressée de fixer un délai fatidique, la grande nébuleuse évangélique se fait régulièrement entendre à propos de la fin du monde, par exemple lorsque quelques télé-évangélistes américains crèvent l’écran ou qu’un prophète auto-proclamé de 89 ans, Harold Camping, annonce la culbute finale pour le... 21 mai 2011. Pourquoi entend-on surtout des voix évangéliques s’élever à ce sujet? Et qui sont-ils, au juste, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique?
«Chez nous, on trouve le pire et le meilleur», admet d’emblée Robin Reeve, pasteur de l’Eglise évangélique du Réveil, à Nyon. «Un proverbe dit que quand deux juifs se rencontrent, trois opinions s’expriment. Cela s’applique aussi aux évangéliques», s’amuse-t-il. Sur la question de la fin du monde, vous allez entendre bien des variantes. Notamment car nous n’avons pas de magistère, contrairement aux catholiques. Les évangéliques sont issus de la Réforme, qui revendiquait l’accès de chacun aux textes saints», rappelle le théologien, enseignant à l’Institut biblique Emmaüs, formé à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine. «Et plutôt de la Réforme radicale.» Il reconnaît aussi que les manipulateurs existent, notamment certains évangélistes américains, et que la peur, celle qui touche à la fin des temps notamment, est un moyen de pression efficace. «En terme d’audience, le gain de ces discours catastrophistes est net et personne n’a envie de voir son église vide.»
Sauf que ce discours n’est «efficient» qu’en période de grands troubles, relativise Olivier Favre, sociologue des religions et pasteur dans une église évangélique neuchâteloise: «Autrement, il provoque plutôt le rejet. Alors qu’un discours basé sur la dimension du sens ou sur la plénitude de vie liée à la foi plaît davantage.» Reste que ces manipulateurs mettent les évangéliques dans une situation délicate, entre attachement à la liberté réformée et refus de toute stratégie visant à soutirer de l’argent ou à susciter une attitude de soumission, comme le dénonce l’Alliance évangélique mondiale.
Joseph Kabongo, pasteur et secrétaire de la Conférence des Eglises africaines en Suisse (CEAS), sait bien que la CEAS regroupe des communautés où les discours sur la fin des temps divergent. Mais dans la mouvance des Eglises africaines, qui a une place importante dans l’évangélisme suisse, cette question ne semble pas faire partie des sujets sur lesquels le consensus est prioritaire – peut-être parce qu’il est difficile? «Nous nous entendons sur une confession de foi commune, et c’est l’essentiel pour l’instant.»
L’illusion du nom
Si tous les évangéliques partagent une certitude, celle du retour historique de Jésus-Christ, ils sont nettement plus divisés sur l’interprétation des signes, et notamment sur le début du règne de mille ans annoncé dans l’Apocalypse. Pour certains, par exemple, la figure vétéro-testamentaire Gog pourrait être à l’œuvre au Proche-Orient, et les prophéties bibliques en train de s’accomplir. Cette conviction relève de la liberté de croyance. Mais quand George W. Bush, lui-même «born again» (né de nouveau), y puise l’inspiration pour lancer une guerre en Irak, l’évangélisme devient un véritable vaisseau amiral. «A l’autre extrême, on trouve aussi des évangéliques qui considèrent George W. Bush comme l’Antéchrist, rappelle Olivier Favre. Pour eux, les attentats du 11 septembre 2001 démontrent que Dieu désapprouve le matérialisme américain.» Pour le pasteur, il serait dangereux d’identifier ces deux groupes sur la seule base de leur dénomination. «Les évangéliques européens ont été majoritairement opposés à la politique du président américain. En Suisse, par exemple, ils votent globalement comme le citoyen moyen, c’est-à-dire plutôt à droite. Ils ne sont pas des ultra-conservateurs, comme peuvent l’être leurs homologues nord-américains.» En Suisse, d’après l’étude menée par Olivier Favre, seuls 10% des évangéliques sont fondamentalistes – ils pratiquent une lecture très littérale de la Bible –, un tiers est charismatique et 50% sont «modérés», tels les Eglises libres ou l’Armée du salut. Le courant fondamentaliste est beaucoup plus fourni aux Etats-Unis. Pour Olivier Favre, qui s’inspire des analyses de l’historien des religions Sébastien Fath, il existe chez la plupart des Américains une forme de religion civile, non institutionnalisée, un fondement identitaire qui les rend beaucoup plus perméables à des questions telles que la fin du monde. «Quant à l’importance qu’ils accordent eux-mêmes à ces ‘prophètes’, je serais prudent: les évangéliques sont souvent rattachés à de très grandes églises, et habitués au défilement ininterrompu de nouvelles idées.»
Prudence interprétative
Chez les évangéliques suisses, l’importance de l’eschatologie a clairement diminué. Elle était réapparue à la fin du XIXe siècle par le biais du mouvement adventiste, alors sectaire. «Jusque dans les années 1950, cette question a influencé le développement du mouvement évangélique, indique Olivier Favre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.» L’interprétation des signes messianiques est cependant restée en vogue jusque dans les années 1970-1980, où l’imminence du retour du Christ trouvait une audience importante, évoque Robin Reeve. C’est l’époque de la guerre froide, et L’Agonie de notre vieille planète (1974) se vend à 18 millions d’exemplaires à travers le monde. Hal Lindsey y dresse la liste des prophéties concernant sa génération et annonçant une fin imminente. Qui n’a pas eu lieu. «Beaucoup se souviennent encore de ce livre, qui a refroidi bien des ardeurs interprétatives», estime Robin Reeve. La question a aussi perdu en importance sous l’influence des évangéliques sud-américains, par exemple, pour qui les grands enjeux sont liés à l’environnement ou à la pauvreté. Aujourd’hui, note Olivier Favre, les évangéliques helvétiques cherchent davantage à s’inscrire dans la réalité sociale et politique de leur pays. Ce que l’Armée du salut, d’inspiration méthodiste, fait depuis longtemps.
22 décembre, 00h01
«Si le paradis ne vient pas à moi, c’est moi qui irai à lui»: c’est ce type de logique que redoute le théologien Georg Schmid pour le 22 décembre, au lendemain de la fin prophétisée par certaines lectures du calendrier maya. «La désillusion sera énorme: pensez à toute la littérature produite à ce sujet, aux milliers de pages internet qui alimentent encore le débat – ...22 décembre, 00h01
«Si le paradis ne vient pas à moi, c’est moi qui irai à lui»: c’est ce type de logique que redoute le théologien Georg Schmid pour le 22 décembre, au lendemain de la fin prophétisée par certaines lectures du calendrier maya. «La désillusion sera énorme: pensez à toute la littérature produite à ce sujet, aux milliers de pages internet qui alimentent encore le débat – ...L’aiguillon de la fin
Tandis que les preppers (notre édition du 21 juillet) se préparent à la survie pratique, certains évangéliques vivent la fin comme une incitation à l’action. «En raison des progrès de l’iniquité, l’amour du plus grand nombre se refroidira», annonce la Bible. Cette injustice grandissante, les évangéliques de Christnet – forum impliqué dans les questions sociales, économiques et environnementales, de la culture et du développement – y discernent un signe de la fin des temps. Mais si tout s’achève bientôt, pourquoi s’y opposer au risque de faire mentir ce signe? «Parce que l’Evangile nous invite à aimer le monde que Dieu a créé», rétorque Samuel Ninck-Lehmann, coordinateur du forum, membre du Réseau évangélique suisse (RES). C’est l’imminence du retour du Christ, face à qui ils répondront de leurs actes, qui motive leur engagement politique ou social et les incite à témoigner de leur foi. S’il reconnaît que des mouvements sectaires se sont isolés du monde, il assure que l’essentiel des évangéliques prend au sérieux son rôle de ferment social. «L’espoir suscité par le changement a stimulé chaque génération. Les chrétiens vivent un double rapport au temps, qui permet à la fois de tout donner et de se reposer.» DHN





