Noire mécanique
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

DISQUE • NACHTMYSTIUM, «SILENCING MACHINE»
Si d’aucuns ignoraient que le black metal fût désormais l’un des terrains d’exploration privilégiés par l’avant-garde, l’annonce du ralliement de l’ex-Sonic Youth Thurston Moore à la cause du supergroupe Twilight (rien à voir avec la saga vampirique... quoique) aura fait l’effet d’une caresse de Vlad Tepes. En guise de rattrapage, on prescrira aux plus dubitatifs les ouvrages de Blut aus Nord, Krallice, Liturgy, Wolves in the Throne Room, Deathspell Omega ou encore des Twilight susmentionnés, parmi la cohorte de musiciens passionnants qui œuvrent dans l’ombre (forcément) à subvertir les codes d’un genre à l’origine ultrarigide – le fait de pionniers scandinaves peu enclins à la subtilité, pour rester poli.
Ainsi donc, deux décennies après son émergence – encore qu’il soit hasardeux de dater précisément la formulation d’un sous-genre –, le black metal, s’il charrie toujours un imaginaire transgressif, voire sulfureux (paganisme/satanisme, hostilité au pluralisme, fascination du morbide), a considérablement élargi son cercle et atténué ses penchants douteux. Privilégiant l’hybridation et la recherche, toutes choses honnies par les cerbères du canal historique, le genre porte ses embardées radicales du côté de la musique minimaliste/répétitive, progressive/ambiante et même électro-industrielle.
A ce titre, Nachtmystium n’est pas nécessairement le plus aventureux. Mais ses figures de style traditionnelles (cavalcades épiques tout en roulements de grosse caisse, vocaux gutturaux et trémolos de guitare en mode mineur) confèrent à Silencing Machine une majesté galvanisante. Quintet fondé en 2000 dans l’Illinois (Etats-Unis), Nachtmystium déploie, sous la férule de son leader Blake Judd, une palette ambitieuse qui lorgne tantôt vers le metal le plus obtus, tantôt vers la fresque psychédélique et céleste (on songe à Hawkwind, bruitages cosmiques compris) ou encore vers le rock gothique façon Sisters of Mercy sur l’accrocheur «Borrowed Hope and Broken Dreams», où claviers et arpèges apportent quelques lueurs dans le crépuscule – un hit potentiel, n’était-ce le gosier raclé au papier de verre du sieur Judd. Eprouvante pour les oreilles profanes, cette Silencing Machine fera taire bon nombre de sceptiques.
NACHTMYSTIUM, SILENCING MACHINE, CENTURY MEDIA / EMI





