Mercredi, 22 mai 2013

Moscou a d’autres cartes à jouer

VENDREDI 10 AOûT 2012

SYRIE • La Russie n’est pas aussi isolée qu’il y paraît en Occident dans son rôle face au conflit syrien. Elle pourrait même revenir à l’avant-scène alors que la violence empire.

La compagnie russe Aeroflot a annoncé lundi qu’elle interrompait ses vols vers Damas, officiellement pour des considérations commerciales, arguant que, si les vols vers Moscou étaient surbookés, les avions retournaient pratiquement vides vers Damas.
Cette décision pourrait sembler anecdotique si elle n’intervenait parallèlement à deux événements qui doivent influencer la politique russe envers Damas: la décision de Kofi Annan d’abandonner son poste de médiateur et la multiplication des défections au sein de l’armée et du gouvernement.
Le départ de Kofi Annan tire une ligne définitive sur le fameux plan qui porte son nom et derrière lequel les Russes se sont abrités depuis des mois, y compris pour justifier, comme les Chinois d’ailleurs, leurs veto successifs au Conseil de sécurité de l’ONU.

Plusieurs défections
La défection du premier ministre Rivan Hijab et de plusieurs dignitaires, annoncée aussi lundi, signale une faille croissante dans les cercles associés au pouvoir. Certes, les circonstances sont encore floues et les spécialistes de la Syrie, y compris en Occident, doutent que ces départs aient suffisamment désorganisé le clan Assad ou qu’ils permettent de préparer une transition crédible. Pour les Russes, ils témoignent surtout d’un fossé croissant entre les communautés et confirment leurs craintes initiales d’une communautarisation croissante du conflit qui gangrènerait ensuite toute la région.
Dès le début des «révolutions arabes», les diplomates et analystes russes ont exprimé leur perplexité à voir les Occidentaux saper des régimes laïcs pour les remplacer par des coalitions basées sur des affiliations religieuses, culturelles et provinciales en s’alliant avec les monarchies rétrogrades du Golfe. Dans le conflit syrien, ils ont toujours vu le prélude à un affrontement général entre sunnites et chiites. Ce qui les a conduit à privilégier, de manière constante, une analyse différente de celles des Occidentaux qui a participé à la vision d’un clivage rappelant ceux de la guerre froide.
En fait, en dehors de tous les éléments déjà bien connus expliquant la position des Russes, le plus important est que, pour eux, la Syrie est géographiquement proche et représente une affaire quasi intérieure: la pénétration salafiste des régions russes musulmanes est une préoccupation majeure. Il existe, en Russie et en Syrie, des dizaines de milliers de familles mixtes; quelques milliers de Syriens originaires des régions du nord Caucase ont été accueillis dans la patrie de leurs ancêtres. L’église orthodoxe russe est bien plus concernée par le sort des chrétiens du Moyen-Orient que les chrétiens occidentaux. Enfin, le débat sur la Syrie est houleux et divise les cercles russes.
Il n’en reste pas moins que, si elle ne veut pas rester au balcon, la Russie va devoir s’impliquer davantage et être plus inventive. Elle sait qu’elle n’est pas aussi isolée que les Occidentaux le prétendent, son rejet des changements de régime orchestrés de l’extérieur, des sanctions et des interventions militaires dans une guerre civile étant partagé par les pays émergents comme le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie. Il n’est donc pas question de «céder à la pression occidentale» mais de relancer une grande négociation, où la Russie pourrait aussi défendre ses intérêts.

Impliquer l’Iran
On peut donc imaginer que la Russie, qui a toujours considéré que la résolution d’un conflit régional doit impliquer toutes les puissances régionales, revienne avec l’idée d’intégrer l’Iran dans une grande conférence sur le conflit syrien, d’autant plus après l’enlèvement récent de pèlerins iraniens, qu’ils soient vrais ou faux. Et qu’elle impose de mettre à l’agenda la coopération internationale permettant de sécuriser les armes
chimiques syriennes. I

 
Vous devez être loggé pour poster des commentaires