Merck serono: une lutte exemplaire
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L’un des plus importants conflits du travail qu’ait connus Genève dans le secteur privé s’est achevé hier. L’assemblée des employés de Merck Serono a validé – avait-elle le choix? – le plan social très légèrement amélioré, tel que négocié en catimini ces derniers jours entre le canton, les délégués syndicaux et la direction de la firme.
Quatre mois après l’annonce de la fermeture du site de Sécheron, des sentiments ambivalents dominent, mélange d’admiration pour la lutte de longue haleine menée par de nombreux salariés mais aussi de dépit devant la toute-puissance et l’arrogance de ce type d’entreprise. Les compensations financières arrachées par les licenciés résument bien ce bilan mitigé: importantes, au vu des pratiques helvétiques; misérables, si l’on regarde les profits réalisés par le géant pharmaceutique.
Au final, la destruction de plus d’un millier d’emplois et d’un patrimoine scientifique et industriel cantonal est confirmée, renforçant le caractère commercial et financier de l’économie genevoise. L’affaire devrait alerter ceux qui croient qu’octroyer des avantages fiscaux aux géants de la mondialisation suffit à bâtir un environnement économique durable. Les millions remboursés sans barguigner à l’Etat par Merck Serono démontrent que la rationalité de telles entreprises est d’une autre stratosphère. Et qu’elles trouveront toujours plus accommodant ailleurs.
Plus intéressante, la démarche de la task force – mise sur pied par le canton – sera l’un des légats positifs de cette triste affaire. En facilitant la concertation entre travailleurs et instituts de recherche lémaniques, Genève a peut-être posé les bases d’un pôle d’innovation technologique autrement plus prometteur. Outre son intérêt économique pour la région, ce modèle de réseau parapublic représente une alternative en matière de recherche pharmaceutique, prenant en compte l’intérêt public, davantage que ne le font les transnationales.
L’autre héritage de la longue lutte des salariés aura été de ringardiser la résignation. Sous l’impulsion des employés, les collectivités publiques comme les médias sont passés en quelques semaines du conformisme de la défaite au désir d’agir. Malgré l’issue décevante du mouvement, preuve est faite qu’en 2012, à Genève, au sein d’une transnationale employant essentiellement des cols blancs, le diktat patronal peut être contesté avec force et brio. Et que ces mesures de lutte paient: les concessions patronales de dernière minute, même minimes, n’auraient pu être obtenues sans la menace d’une procédure juridique au niveau européen, avec son lot de mauvaise publicité.
Les salariés auraient-ils pu aller plus loin et inquiéter davantage la direction de Merck Serono? Peut-être bien. Mais il faut admettre, avec le syndicat Unia, que la législation suisse offre les clés du système aux entreprises et bien peu d’armes aux salariés. Au mouvement syndical d’accumuler de l’expérience sur cette lutte «exemplaire»... dans tous les sens du terme.





