On consomme autant de coke à Genève qu’à Amsterdam
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DROGUES • Selon les traces observées dans les eaux usées, les villes suisses partagent la tête du hit-parade de la consommation de cocaïne en Europe.
Les villes suisses détiennent un bien triste record: elles arrivent en tête du hit-parade européen de la consommation de cocaïne, en partageant ce rang peu enviable avec de grands centres urbains des Pays-Bas ou de Belgique. C’est le résultat d’une comparaison à l’échelon européen publiée hier et mise en relation avec les données suisses recueillies par l’Université de Berne et l’Institut de recherche sur l’eau (Eawag) à Dübendorf.
C’est en recherchant les traces de cocaïne laissées par l’urine dans les eaux usées que les spécialistes parviennent à évaluer avec le plus de précision la consommation de ce stupéfiant. Les prélèvements s’effectuent dans les systèmes d’évacuation des eaux usées. Une équipe internationale de scientifiques a étudié l’an dernier le cas de 19 grandes villes d’Europe.
Selon les chiffres publiés hier, Anvers et Amsterdam sont en tête de liste avec en moyenne 1,5 g de cocaïne par jour pour 1000 habitants. Barcelone, Londres, Milan et Paris occupent le milieu du classement avec 0,5 à 1 gramme. Les «bons élèves» dans ce domaine, ce sont les villes scandinaves comme Oslo, Stockholm ou Helsinki, avec à peine 0,15 g.
360 kilos par jour
Une extrapolation sur la base de ces valeurs permet d’évaluer la consommation totale de cocaïne par jour en Europe à près de 360 kilos. Ce chiffre correspond à environ 10 à 15% de la production mondiale de cocaïne estimée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, précisent les auteurs des recherches publiées par la revue «Science of the total environment».
Et la Suisse, dans tout ça? Si l’étude européenne n’en fait pas mention, il faut se reporter à des observations menées en 2009 pour constater que la consommation de cocaïne y est élevée par comparaison avec le reste de l’Europe.
L’an dernier, l’Institut de recherche sur l’eau (Eawag), du domaine des Ecoles polytechniques fédérales, et l’Université de Berne avaient publié dans la revue «Water Research» les résultats de leur étude sur la présence de cocaïne dans les eaux usées des villes de Genève, Berne, Lucerne et Zurich. Avec des pics le week-end et des valeurs plus basses en semaine, les données récoltées se situent «dans la même fourchette que celle des villes européennes présentant la consommation la plus élevée», note Christoph Ort, de l’Eawag.
Un mercredi à Genève, la consommation est évaluée à 0,8 g pour 1000 habitants. Mais elle grimpe à plus de 2,8 g le dimanche. Même Lucerne, ville de 77 000 habitants, affiche des proportions (de 1 g à 1,8 g) qui approchent celles relevées à Anvers et Amsterdam.
En 2010, l’Université de Berne avait communiqué les résultats d’un projet pilote mené sur douze mois dans la capitale fédérale (140 000 habitants). Les analyses montraient que 3% de la population bernoise âgée entre 16 et 64 ans, «sniffe» une ligne (soit environ 0,1 g) de coke par jour.
Neige à Saint-Moritz
En Suisse, la consommation de cocaïne est deux à quatre fois plus élevée à l’occasion de festivals de musique ou particulièrement lors de la Street Parade à Zurich, avec 4,7 g pour 1000 habitants ce dimanche-là.
En 2007, Saint-Moritz avait fait les grands titres de la presse mondiale. Selon un rapport des Nations Unies, on apprenait que la station huppée des Grisons – 6000 résidants à l’année, mais jusqu’à 30 000 durant les fêtes de fin d’année – occupait la sixième place mondiale de consommation de cocaïne. Avec 1400 lignes sniffées chaque jour en haute saison (5 g pour 1000 habitants), la petite ville olympique détient un record absolu pour la Suisse! I






