Samedi, 25 mai 2013

Le grand écart locarnais

SAMEDI 04 AOûT 2012
La comédie «Ruby Sparks», projetée vendredi sur la Piazza Grande de Locarno, est une excellente surprise.
20TH CENTURY FOX

CINÉMA Toujours aussi éclectique, et plus glamour que jamais, le Festival de Locarno explore tous les territoires du septième art pour le meilleur et pour le pire. Aperçu des premiers jours.

C’est le charme – et peut-être aussi le défaut – du «plus petit des grands festivals»: à Locarno, il y en a pour tous les goûts. Du divertissement grand public en plein air sur l’immense Piazza au jeune cinéma d’auteur en compétition, des films-essais de la section Cinéastes du Présent aux classiques de la rétrospective – dédiée cette année à Otto Preminger (notre édition du jeudi 2 août), sans parler des autres sections... Le tout couronné d’hommages à des personnalités renommées, dont la profusion croissante pourrait s’avérer nuisible (lire ci-dessous). Quasi schizophrène, cette étourdissante diversité permet au festivalier de varier les plaisirs tout en réservant son lot de bonnes et de mauvaises surprises. Tour d’horizon en quelques titres après les premiers jours de cette 65e édition.

Mercredi soir, ça commence mal sur la Piazza Grande. The Sweeney, polar british signé Nick Love, fait pâle figure en ouverture. Les balles crépitent et les pneus crissent dans un déluge d’action tonitruante, sur un scénario qui reconduit le lieu commun du flic ripoux opposé à un vil bureaucrate. Le lendemain, Lore rectifie le tir. L’Australienne Cate Shortland y raconte le périple de la fille d’un officier SS, avec ses frères et sa soeur, dans l’Allemagne de 1945 occupée par les Alliés. A travers une mise en scène un peu trop maniériste, cette oeuvre intimiste fait bien sentir la gueule de bois de l’immédiat après-guerre.

L’AMOUR TOUJOURS

Il faut toutefois attendre vendredi pour un vrai coup de coeur sous les étoiles de la Piazza, qui accueillait alors Ruby Sparks de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Renouant avec la veine fantastique d’Harold Ramis (Un Jour sans fin), les auteurs de Little Miss Sunshine livrent une émouvante comédie romantique où un jeune écrivain sentimentalement immature imagine sur le papier la femme de ses rêves... et la voit prendre vie! Au-delà de l’humour, une vision très juste des relations de couple, du combat quotidien de l’amour.

Amour toujours, du côté de la compétition internationale avec la romance adolescente saphique de Jack and Diane. Porté par ses deux jeunes actrices (Riley Keough et Juno Temple), ce troisième long métrage de Bradley Rust Gray a la fraîcheur d’un premier film – et surprend par ses brèves incursions horrifiques, pour dire l’amour «monstre» et littéralement dévorant de cet âge-là.

MAUVAIS WITZ

Egalement en compétition, Image Problem paraît pour sa part fort... problématique. Sous prétexte de rétablir une bonne image de la Suisse à l’étranger, les Biennois Simon Baumann et Andreas Pfiffner réalisent un documentaire potache à mi-chemin entre Borat de Sacha Baron Cohen (sans son audace) et les pamphlets de Michael Moore (sans thèse politique). Les cinéastes ironisent sur les clichés bucoliques et la xénophobie de la Suisse rurale, tournant en ridicule les naïfs qui se sont prêtés au jeu. C’est souvent hilarant, mais la démonstration – simpliste et malhonnête – laisse un goût amer.

Dans la section Cinéastes du Présent, Winter, Go Away! inspire un tout autre sentiment en chroniquant la contestation populaire de l’hiver dernier contre la candidature à la présidence de Vladimir Poutine. Réunissant les contributions de dix étudiants en cinéma, ce documentaire observe dans la rue l’exercice revigorant de la démocratie dans un pays où celle-ci est menacée.

Déception en revanche devant Orléans, aussi à l’enseigne de Cinéastes du Présent. Dans son premier long métrage de fiction, le documentariste Virgil Vernier met en scène deux hôtesses d’une boîte de strip-tease assistant aux fêtes de Jeanne d’Arc. Le parallèle annoncé entre la Pucelle et les «putains» ne se révèle hélas guère fécond.

Un bilan intermédiaire contrasté donc, sans grande révélation. Mais il reste encore une foule de films à voir jusqu’à dimanche prochain sur les rives du lac Majeur...

 

La course aux étoiles

Jamais Locarno n’aura accueilli autant de stars: Charlotte Rampling, Alain Delon, Gael Garcia Bernal, Harry Bellafonte, Vincent Lindon, Eric Cantona... En réponse à ceux qui reprochaient à la manifestation de manquer de «glamour». Afin de séduire aussi les sponsors, à l’heure d’assurer le financement du festival dans un contexte toujours plus concurrentiel. Et pour donner du people à moudre aux médias, peu intéressés par les jeunes cinéastes inconnus de la compétition. Enfin, histoire de ratisser plus large qu’un public traditionnellement très cinéphile.

Locarno n’y perd pas son âme, ni son esprit de découverte, mais ces concessions aux paillettes ne sont pas sans risques. Elles brouillent encore un peu plus l’identité d’un festival multiple et boulimique qui se veut, selon son directeur Olivier Père, celui de «tout le cinéma». Dans la presse, les acteurs d’envergure internationale éclipsent déjà les jeunes réalisateurs que le festival prétend mettre en avant. Et à trop jouer comme d’autres la surenchère glamour, Locarno pourrait en faire les frais: quand les stars seront définitivement réduites au rang de faire-valoir des manifestations qui les sollicitent, elles ne se vendront qu’aux plus offrants. MLR

 

65e Festival du film de Locarno, du 1er au 11 août, www.pardolive.ch

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