La guerre totale a commencé en Syrie
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Des rafales de tir automatique ont retenti jeudi soir dans de nombreuses villes de Syrie, à l’annonce de la démission de Kofi Annan. La rébellion avait juré la perte de ce gêneur, accroché à l’espoir d’une transition négociée, alors que l’Armée syrienne libre (ASL) voit le renversement de Bachar Al-Asad à portée de missile sol-air. L’ASL aura obtenu sa tête la même semaine où Britanniques et Etasuniens annonçaient leur appui direct (et officiel) aux insurgés.
Soyons juste: la défaite du Ghanéen renforce le camp des jusqu’au-boutistes des deux bords. Des pires nervis du dictateur aux djihadistes accourus en masse, des sponsors turc et qatari de l’opposition, qui espèrent ramasser l’entier de la mise, à l’axe irano-russe, déterminé à lâcher le moins de terrain possible au camp islamo-occidental, aucun ne pleure le plan de paix en six étapes rédigé en mars dernier sous la houlette de Kofi Annan.
Pour beaucoup d’observateurs, la démission du médiateur est la preuve que la clique au pouvoir à Damas n’a jamais voulu de cette transition concertée. Mais à force de décrédibiliser le travail de l’émissaire onusien, présenté comme otage du régime, à force de ne rien exiger de leur alliés de l’ASL, les Occidentaux portent eux aussi une lourde responsabilité dans l’échec de la médiation.
Révolte démocratique ou champ de bataille géopolitique, bataille confessionnelle ou conflit sociopolitique, les clés de lecture de la crise syrienne sont plurielles. Probablement est-elle un peu tout cela. Mais aujourd’hui, elle est encore davantage, elle est cette sanglante guerre civile que l’on voyait poindre dès l’été 2011. Avec l’échec de la médiation, c’est désormais la guerre totale qui menace la Syrie.
Après un an et demi d’affrontements, le fossé creusé entre les Syriens paraît déjà abyssal. Cette semaine, des attentats sanglants en Irak ont rappelé à quel point des communautés ravagées par la guerre peinent à se reconstruire. Qu’on pense encore à l’Afghanistan ou au Liban. Chaque fois, les perdants sont à chercher dans la société civile, les factions belligérantes et les puissances étrangères trouvant toujours un bénéfice quelconque à tirer.
Peut-on encore stopper cet engrenage? La Suisse, dès la décision de Kofi Annan connue, a appelé à lui trouver rapidement un successeur. Pourquoi pas. Un homme ou une femme plus musclé que l’ancien secrétaire onusien pourrait faire bouger les fronts. De toute façon, à part attendre l’écrasement d’un des deux camps, on ne voit pas d’autre piste à suivre que de reprendre inlassablement les discussions.
Berne aurait d’ailleurs pu jouer un rôle, si elle n’avait pas stupidement grillé sa position de neutralité en soutenant financièrement l’opposition. Tout ça pour 50 000 francs! Une preuve supplémentaire de l’inutilité de la diplomatie rouge à croix blanche, naviguant constamment entre suivisme atlantiste et bonne conscience humanitaire.





