Dimanche, 19 mai 2013

Tintin, ou l’histoire en marche

VENDREDI 03 AOûT 2012

DÉCODAGE • Suivre les aventures du reporter belge, c’est relire, album après album, l’histoire du monde. Un bouquin en deux tomes retrace le XXe siècle vu par Hergé, d’Al Capone à Castro.

En mars 1932, le bébé du pilote Charles Lindbergh est kidnappé et, malgré le versement d’une rançon, retrouvé mort deux mois et demi plus tard. Le rapport avec Tintin? La même année, Hergé reprend ce fait divers tragique – et très médiatisé à l’époque – dans Tintin en Amérique. A cette différence près que Milou, lui, échappera sain et sauf à ses ravisseurs. De la révolution cubaine (Tintin et les Picaros) aux premiers détournements d’avion (Vol 714 pour Sidney), en passant par la montée en force des puissances pétrolières du Moyen-Orient (Le Pays de l’or noir) et la conquête de l’espace (On a marché sur la lune), c’est toute l’histoire du XXe siècle qui transparaît en filigrane des aventures du reporter belge. A l’instigation de la revue française «Historia», une vingtaine de journalistes, historiens et scientifiques se sont penchés sur ces reflets de la marche du monde dans l’œuvre d’Hergé. Le second tome de ce décryptage richement illustré vient de sortir, après un premier volume publié l’an dernier, en partenariat avec le quotidien suisse «Le Temps».
On le sait: Hergé puisait son inspiration dans une documentation encyclopédique. Images ou personnages, il fusionnait ses sources pour arriver à des créations originales. Ainsi, au petit jeu de «qui est qui?», peut-on reconnaître en Lazlo Carreidas («l’homme-qui-ne-rit-jamais») un mélange de l’avionneur Marcel Dassault et du sinistre milliardaire Paul Getty. Et, sous les traits du colonel Sponsz transparaît le portrait craché (monocle inclus) de l’acteur Erich von Stroheim dans le film La symphonie nuptiale. Dans le chapitre consacré à L’Affaire Tournesol justement, un passage hilarant compare l’affreux Bordure avec l’autre personnage secondaire marquant de cette chronique de la guerre froide: Séraphin Lampion, prototype du crétin jovial, calamité ambulante et... figure parfaite de «l’ennemi de l’intérieur».

Des pôles à l’Himalaya
Dans la première partie du XXe siècle, la planète est encore un monde à explorer. La conquête du pôle Nord par Robert Peary (1909), puis du pôle Sud par Roald Amundsen (1911), ont marqué durablement les esprits. Dans les années qui suivent, la maîtrise de la route des pôles ne cesse de gagner en importance, aussi bien économique que stratégique. Si bien que lorsqu’Hergé situe, en 1942, l’aventure de L’étoile mystérieuse dans un décor arctique, il est parfaitement dans l’air du temps... tout en évitant d’évoquer directement le conflit mondial qui est en train de dévaster l’Europe.
Deux décennies plus tard, Hergé revient avec Tintin au Tibet sur l’aventure himalayenne, qui a culminé avec la première ascension de l’Everest, en 1953. Tiens, d’ailleurs, l’amitié entre Tintin et Tchang n’évoquerait-elle pas le duo gagnant formé par le Kiwi Edmund Hillary et le Sherpa Tensing Norgay?
«Paparazzi», mot fellinien
C’est dans l’évocation des phénomènes de société que cette analyse s’avère la plus amusante. Ainsi, dans Les Bijoux de la Castafiore, cette aventure en forme de vaste récréation, Hergé s’amuse à se payer la tête des paparazzi, un terme que Federico Fellini vient d’inventer pour le film La Dolce Vita (1960). La presse sentimentale, née en France au sortir de la Seconde Guerre mondiale avec l’hebdo «Point de vue», vit alors son âge d’or, entre France Soir et Salut les Copains... Et Hergé n’est pas le dernier à en faire les frais. Pas de «scoop» en revanche dans ce panorama en deux volumes. Mais une mine d’infos et d’anecdotes – et une pierre supplémentaire au temple de la tintinolâtrie. I

 

> Les personnages de Tintin dans l’histoire: Les événements qui ont inspiré l’œuvre d’Hergé, vol. 2. Ed. Le Temps/Historia, 130 pp, en vente en kiosque.

 
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