Naissance d’une grande puissance?
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«La cinquième puissance mondiale» est-elle née mardi à Brasilia, comme l’a laissé entendre la présidente brésilienne Dilma Rousseff? L’intégration du Venezuela, géant des hydrocarbures, au Marché commun sud-américain (Mercosur) constitue à n’en pas douter un tournant. Le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay (celui-ci provisoirement suspendu pour cause de putsch) trouveront en Caracas un cinquième partenaire de poids, pouvant rééquilibrer quelque peu une institution freinée jusque-là par la prédominance brésilienne.
Concrètement, le nouveau Mercosur pèse quelque 3300 milliards de francs (PIB) et compte plus de 270 millions de citoyens. Grosso modo le double de la Russie. En termes uniquement de création de valeur, les Cinq naviguent à hauteur de l’Allemagne, avec une population beaucoup plus jeune et plus nombreuse.
Cette puissance émergeante se montre particulièrement dynamique malgré un contexte de crise planétaire. Sur une décennie, ses taux de croissance et de réduction des inégalités n’ont d’équivalent qu’en Chine. Et alors que l’Europe s’enfonce dans la crise financière, les Cinq disposent, pour l’essentiel, de finances publiques assainies et ont coupé les ponts avec les institutions financières internationales.
Politiquement, cet axe Caracas-Buenos Aires-Brasilia-Montevideo a aussi pour but de renforcer la démocratisation du continent. Les putschs au Honduras puis au Paraguay ont démontré que les vieilles méthodes de l’oligarchie peuvent resservir à n’importe quel moment. Face à cette menace, les gouvernements progressistes doivent s’armer.
Seconde communauté supranationale la plus intégrée après l’Union européenne, le Mercosur constitue un pôle solide. Pesant les quatre cinquièmes du PIB régional, il pourrait même exercer une attraction irrésistible sur ses voisins. De quoi contrecarrer, avec le processus plus politique de l’Unasur, les tentations de nouvelles alliances Nord-Sud, sept ans après la mort de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA/ALCA) chère à George W. Bush.
Le vent en poupe, le Mercosur va toutefois au devant d’une délicate réforme. Défini durant les Vingt Calamiteuses (1980-2000) du néolibéralisme triomphant, son cadre est obsolète au regard des ambitions proclamées par les gouvernements progressistes. Un marché commun, même avec une monnaie unique, ne fait pas un développement commun. Les Européens sont bien placés pour le savoir. L’intégration, c’est aussi définir des politiques économiques, industrielles, énergétiques, fiscales, écologiques, sociales convergentes. Et des mécanismes de solidarité régionale.
Premier effet de la rencontre de Brasilia: Argentins et Vénézuéliens ont jeté, sur terres brésiliennes, les bases d’une collaboration industrielle majeure autour d’YPF, l’entreprise pétrolière argentine nationalisée récemment, et de PDVSA, la société publique vénézuélienne. Si les noces tiennent leurs promesses, l’Amérique latine tient peut-être là l’embryon d’une société publique commune dont elle a besoin pour assurer son autonomie énergétique et relancer le processus d’industrialisation.
Le Brésil est-il prêt à jouer le jeu de cette nouvelle coopération Sud-Sud? Sa valse constante entre ancrage latino-américain et ambitions nationales de puissance émergeante demeure la grande hypothèque du projet d’intégration continentale. Gageons qu’au sein d’un Mercosur réunissant les caractères affirmés de Pepe Mujica (Uruguay), de Christina Fernández de Kirchner (Argentine) et bien sûr d’Hugo Chávez (pour autant qu’il soit réélu), le grand frère brésilien trouvera à qui parler!





