Festivités militantes pour l’antifascisme
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GENÈVE • L’«Antifa action day» a réuni dans une atmosphère joviale quelque 250 personnes à l’Îlot 13 ce samedi, entre stands d’informations, graffitis et concerts.
La journée d’action antifasciste s’est déroulée sans encombre samedi à l’Îlot 13, faisant la part belle à la musique et à la fête. Un mois après l’agression d’un musicien punk par un néonazi, cet événement était présenté comme faisant partie d’un «combat culturel» contre la montée de l’extrême droite à Genève. Le pique nique néonazi prévu initialement à Genève s’est déroulé au même moment dans les environs d’Annecy, a confirmé la gendarmerie nationale française. Les forces de l’ordre des deux pays n’ont déploré aucun incident en marge des rassemblements. Une issue «courue d’avance», selon le porte-parole des forces de l’ordre genevoises Eric Grandjean, mais moins évidente pour les antifascistes: depuis plusieurs mois, ceux-ci sont victimes d’agressions ciblées par des militants d’extrême droite.
«Nous voulons valoriser une image populaire et ouverte de l’antifascisme. Le jeu politique en lui-même ne nous intéresse pas; nous nous réunissons, au-delà de nos affinités partisanes, autour de la lutte contre l’autoritarisme et les pratiques liberticides qui restreignent la marge de manœuvre des individus.» Mathieu, militant antifasciste, expose les positions qui ont motivé l’organisation de l’Antifa action day. L’atmosphère éclectique qui a régné à la buvette de l’Ecurie corrobore les propos du jeune homme: dès 17 heures et jusque tard dans la nuit, une foule bigarrée – des punks, des enfants, des jeunes et moins jeunes – a envahi les lieux. Qui s’est informé aux stands consacrés à la lutte antifasciste, qui s’est essayé au tag, a siroté une bière ou profité des concerts de hip hop et d’electro. Car, depuis les années 1980, décennie où elle était liée de près aux cultures skinhead antiraciste et punk, la mouvance antifasciste a dû s’adapter: «Pour survivre, le mouvement a dû s’ouvrir à d’autres cultures de rue, notamment au hip hop et à l’electro», commente Mathieu.
Clou de la journée, le groupe d’electrodark genevois BAK XIII a mis le feu à la scène en fin de soirée. Influencée par les musiques synthétiques des années 1980 et par la rage contestatrice du punk, la formation est connue pour ses hymnes engagés. Des morceaux comme Destroy Fashion, Minute men, Open the border ou Make my day font un portrait au vitriol de la société de consommation et des politiques xénophobes, en invitant leurs opposants à s’unir. Chanteur et compositeur de BAK XIII, Dada fait écho à Mathieu en évoquant la dimension non partisane de l’antifascisme: «Je ne me considère pas comme spécialement de gauche. Etre contre le racisme et l’intolérance est un acte civique qui devrait concerner chaque citoyen. Nous vivons dans un pays qui se revendique comme démocratique: les extrémistes de droite s’approprient les symboles de la Suisse, mais en réalité ce sont eux qui s’opposent à la Constitution!» Un message qui a été mis à l’honneur haut et fort ce samedi soir, entre climat festif et militantisme. I





