La Suisse a cofinancé les réunions secrètes des opposants syriens
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DIPLOMATIE • La Confédération a mis 50 000 euros sur la table pour permettre aux divers groupes anti-Assad de se rencontrer à Berlin. Ce geste divise la classe politique.
Cinquante mille euros: c’est la contribution de la Suisse à la tenue de pourparlers secrets qui ont réuni divers groupes de l’opposition syrienne pendant plusieurs mois à Berlin. Révélée hier par le «Tages-Anzeiger», l’information est confirmée par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), qui se défend d’avoir dérogé au principe de neutralité.
Rien n’avait filtré jusqu’à ce que le magazine américain «Foreign policy» publie un compte-rendu de ces tractations berlinoises, le 20 juillet sur son site web. On y apprend que, ces six derniers mois, une quarantaine de représentants des différentes composantes de l’opposition au régime de Damas, dont l’Armée de libération syrienne (ALS), se sont rencontrés en toute discrétion dans la capitale allemande. Leur but: préparer la mise en place d’un nouveau pouvoir après la chute de Bachar al-Assad.
Préparer le jour d’après
Baptisées «The Day After» (le jour d’après), les réunions se sont tenues à l’initiative de l’Institut américain pour la paix (USIP) et d’un «think tank» allemand. L’un des initiants, l’expert américain Steven Heydemann, dévoile dans «Foreign Policy» la liste des partenaires qui ont cofinancé ces rencontres: outre des ONG des Pays-Bas et de Norvège, il cite les Ministères des affaires étrangères de la Suisse (DFAE) et des Etats-Unis (Département d’Etat). Selon M. Heydemann, seuls les participants syriens ont décidé de l’agenda des pourparlers.
La Suisse a «partagé les coûts logistiques» de ces discussions, «en collaboration avec d’autres Etats européens», nous a confirmé hier le Département fédéral des affaires étrangères. La division Sécurité humaine du DFAE a dépensé quelque 50 000 euros (60 000 francs) à cet effet. Une démarche qui s’inscrit dans la même idée que la réunion de Genève sur la Syrie du 30 juin dernier. «Nous disons depuis le début que nous sommes favorables à une solution politique et que le dialogue doit toujours primer sur la guerre», expliquait hier soir le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter sur les ondes de la Radio télévision suisse (RTS). «Pour cela, il faut inclure le plus possible de parties à la discussion.»
Réactions contrastées
Le Conseil fédéral a-t-il choisi son camp? Fin juin déjà, à Genève, Didier Burkhalter s’était déclaré «profondément révolté» par le bain de sang en Syrie et avait appelé à «la poursuite des responsables en justice». En visite au Liban la semaine dernière, le conseiller fédéral a réaffirmé la position de la Suisse. Le seul moyen de freiner les exactions, selon le Neuchâtelois, est de «montrer que les actes criminels, d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient, sont punis».
A Berne, les révélations sur la contribution financière de la Suisse aux discussions de l’opposition syrienne divisent la classe politique. Président de la commission de politique extérieure (CPE) du National, l’udc bernois Andreas Aebi attend d’en savoir plus pour se prononcer. Il a l’intention de demander des explications à Didier Burkhalter dès la rentrée d’août.
Vice-président de la CPE, le socialiste Carlo Sommaruga soutient la démarche du Conseil fédéral. «Aider l’opposition à former un projet politique, c’est plus intelligent que lui envoyer des armes», estime-t-il. Le Genevois fait remarquer qu’actuellement, les différents groupes d’opposants «ne se font pas confiance» et «ne se reconnaissent pas dans le Conseil national syrien, qu’ils considèrent comme un instrument créé de toutes pièces par la Turquie». Pour Carlo Sommaruga, il est souhaitable qu’une opposition interne soit suffisamment structurée pour «pouvoir reprendre les rênes» après la chute d’al-Assad. «Par le passé, la Suisse a déjà contribué à ce genre de dialogue entre acteurs politiques dans la région des Grands Lacs, en Afrique», note le socialiste.
Membre de la même commission, Gerhard Pfister (pdc/ZG) pense qu’il est «utile» de préparer l’après-Assad. Mais il faut rester vigilant: «Le régime actuel est certes brutal et affreux, mais peut-on être sûr que le suivant sera meilleur?»
Sans surprise, c’est à l’UDC que l’action du DFAE est la moins appréciée. Le cofinancement des pourparlers de Berlin «va à l’encontre d’une politique de neutralité», estime le Zurichois Christoph Mörgeli, qui ne laissera pas passer ça en commission. I






