Derib rend hommage à la vache d’Hérens
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Rien n’a été laissé au hasard pour rendre confortable le séjour genevois des douze vaches d’Hérens qui combattront mercredi sur la plaine de Plainpalais à Genève lors de la fête du 1er Août. Vendredi, en conférence de presse, le maire Rémy Pagani a visiblement tenu à rassurer sur le sort des bêtes, au lendemain d’une décision de justice déboutant la Ligue suisse contre la vivisection. Celle-ci contestait la démonstration, arguant que les vaches, venant du Valais, seraient inutilement placées dans un état d’anxiété durant le transport et risqueraient de se blesser pendant la démonstration.
Que pense Claude de Ribaupierre, alias Derib, de cette passe d’armes? Le bédéiste, père de Yakari et de Buddy Longway, est aussi un grand amoureux du val d’Hérens auquel il rend hommage dans une BD, Tu seras reine, à paraître à l’automne (Le Courrier du 27 juin). «C’est l’histoire d’une fille qui reçoit un veau de son grand-père. La vache montre de grandes qualités de combattante et arrive troisième au combat de reines de Martigny», raconte Derib, par téléphone, depuis son domicile de La Tour-de-Peilz. La polémique genevoise? Il n’en a pas entendu parler, et à vrai dire il s’en moque. Il accepte en revanche volontiers de s’exprimer sur une tradition qu’il connaît intimement.
«Quand j’avais deux mois, mes parents sont allés vivre à La Forclaz, et je n’en suis pour ainsi dire pas redescendu jusqu’à 5 ans.» Alors que la Seconde Guerre mondiale touchait à sa fin en Europe, la famille avait jugé plus facile de vivre en montagne qu’en plaine, où il était plus compliqué de trouver des denrées. «Fin juin, derrière le chalet, des bêtes venant de La Forclaz, La Sage et d’autres villages étaient réunies, et, naturellement, se battaient pour sélectionner la ‘dominante’, celle qui emmènerait le troupeau aux mayens. Cela a bercé mes cinq premières années de vie. Des amis de mes parents m’invitaient à garder les vaches.» Evoquant les raclettes au feu de bois et les paysages d’alpage qui marqueront toute son œuvre, Derib poursuit: «C’est cette ambiance qui m’a amené à m’intéresser aux vaches. Aujourd’hui, je remonte régulièrement là-haut.»
Les combats de reines, devenus «sport national» en Valais, il est «ni pour ni contre». Mais il souligne que les vaches ne sont «absolument pas mises en danger et se battent seulement si elles le veulent.» Il aime l’ambiance intergénérationnelle et salue les éleveurs qui «entraînent, soignent et cajolent» leurs bêtes. «Durant ces manifestations, arrive un moment où l’on observe un affectif très étonnant entre le propriétaire et sa vache. C’est cette relation que j’ai racontée dans mon album.» Derib apprécie la valorisation des vaches durant les joutes, «contrairement aux compétitions équestres où le cavalier victorieux sabre le champagne et le cheval rentre avec le palefrenier». Derib parle d’expérience, car il a pratiqué le sport équestre et le dressage de chevaux durant trente-cinq ans.
A travers l’héroïne à pattes «Violette», l’auteur célèbre donc la vache d’Hérens, dont «les yeux sont magnifiques». Son physique, spécifique, «est adapté aux chemins escarpés qui montent à plus de 3000 mètres. Trapue, courte sur pattes, elle a des sabots particuliers qui lui permettent de gravir les pentes. Et, bien sûr, un caractère bien trempé.» Sans les compétitions, note Derib, le maintien de cette espèce serait probablement plus difficile.
Les ancêtres de cette vache étaient présents déjà en Valais vers 3000 avant J.-C. L’organisation de combats de reines serait née il y a quelque cent ans, selon Derib. I





