Genève propose un 1er Août éclectique
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

FÊTE NATIONALE • La Ville de Genève organise un 1er Août bigarré. Des vaches d’Hérens au rock touareg, ces symboles peinent à s’accorder avec le nationalisme exclusif dont la fête est issue.
Un combat de reines de la race d’Hérens et le groupe de rock touareg Tinariwen partageront la scène sur la plaine de Plainpalais à l’occasion des festivités du 1er Août. Un programme pour le moins éclectique, voulu par le maire Rémy Pagani. Quel sens le magistrat donne-t-il à ces festivités? «Revisiter», tel est le maître mot voulu par l’élu, qui évoque la nécessité de représenter la mixité sociale de la Ville: «Il est important de promouvoir les racines, mais il ne faut pas se raconter d’histoires: Genève accueille une grande diversité d’origines, cette fête est aussi là pour donner une visibilité symbolique à cette mixité. De plus, la moitié de l’humanité habite dans des villes.»
Cette année, pas de coups de canon – «ce n’est pas sympathique et Genève est une ville antimilitariste». Une partie du discours officiel sera en outre assurée par le syndic de Nyon Daniel Rossellat, «un homme ancré dans la modernité». Et les vaches d’Hérens, quelle sera leur place? «Je souhaite aussi faire découvrir les traditions à des jeunes urbains qui n’en sont pas familiers», commente le maire avant de poursuivre sur la nécessité de renouveler les référents culturels de la fête nationale: «Certains pensent que le retour à des symboles du siècle passé, comme la prairie du Grütli, peut contribuer à façonner une identité progressiste. Ils se trompent. Il faut inventer de nouveaux symboles pour faire avancer l’histoire.»
Mettre en valeur le contrat social
Le magistrat inscrit sa vision des festivités dans une forme de «patriotisme social»: «Il y a quinze ans, on prédisait la disparition de l’Etat-nation au profit de sociétés ultralibérales. Cela a partiellement eu lieu sur le plan financier, mais certains aspects demeurent: la protection des individus et le service public structurent la collectivité nationale. C’est cette forme de contrat social du cosmopolitisme propre à Genève que je souhaite mettre en valeur à l’occasion du 1er Août.»
A Vernier, la célébration se fera aussi sur le mode de la diversité. Lutte à la culotte et troupe de folklore kosovar se côtoieront le temps d’un soir (19h et 20h45). Pour le maire de la commune, Yvan Rochat, la commémoration du pacte d’alliance défensive de 1291 ouvre sur l’histoire des autres: «Depuis plusieurs années, nous invitons des représentants de pays étrangers. Nous avons pensé cette année au Kosovo car il est indépendant depuis peu.» Et de rappeler ce qui, pour lui, caractérise le patriotisme: «Il s’agit d’aimer sa patrie et de reconnaître celle des autres.»
Secrétaire général de l’UDC et député vaudois, Claude-Alain Voiblet ne voit «pas d’inconvénient» au fait d’intégrer différentes cultures à la célébration. Il insiste toutefois sur l’importance du caractère national de la fête: «Je trouve cette ouverture positive, mais il ne faudrait pas que notre culture se retrouve en second plan.» Pour entamer les festivités, il se voit bien, pour sa part, «dans un brunch à la ferme quelque part dans le canton».
L’Escalade plus importante
Le 1er Août est-il une occasion de rapprocher les citoyens avec, en toile de fond, la commémoration d’un événement fondateur? Maître assistant à la faculté des sciences sociales et politiques de l’université de Lausanne, Antoine Chollet souligne de son côté sur la faiblesse symbolique de la fête: «Souvent, la fête nationale est vécue comme moins importante que les fêtes cantonales. L’Escalade à Genève ou le Carnaval de Bâle en sont des exemples.» En cause, le manque d’ancrage historique: «Contrairement au 14 Juillet ou à la Fête de l’indépendance américaine, le 1er Août ne commémore aucun événement qui fasse encore sens aujourd’hui. Il n’y a pas de continuité historique entre un pacte médiéval et la Suisse du XXIe siècle.» Et, sans identification historique forte, pas d’attachement émotionnel. Le chercheur revient sur le fait que la fête nationale est une invention récente et que sa date découle d’un choix arbitraire: «Avant la fin du XIXe siècle, le 1er Août n’existait pas. La date a été choisie afin qu’en 1891 puisse être fêté le ‘six centième anniversaire’ du pays. La recherche a depuis mis en évidence que le document relatant le pacte de 1291 est en fait un document postérieur.»
Un combat de reines et du rock saharien, la fête nationale peut-elle être celle de la pluralité? Antoine Chollet se montre sceptique: «Historiquement, le nationalisme de la fin du XIXe siècle dans lequel est apparu le 1er Août se caractérise par des constructions identitaires en opposition à l’‘étranger’. Il est louable de vouloir ouvrir la symbolique de cette fête, mais son sens historique reste lié à l’exclusion.» I
Derib rend hommage à la vache d’Hérens
Rien n’a été laissé au hasard pour rendre confortable le séjour genevois des douze vaches d’Hérens qui combattront mercredi sur la plaine de Plainpalais à Genève lors de la fête du 1er Août. Vendredi, en conférence de presse, le maire Rémy Pagani a visiblement tenu à rassurer sur le sort des bêtes, au lendemain d’une décision de justice déboutant la Ligue suisse contre la vivisection. ...PROGRAMME
> 15h Concert de la fanfare de la Croix-Bleue
> 16h Combat de vaches
> 18h Swing manouche
> 20h30 Combat de vaches
> 21h15 Concert de professeur Wouassa
> 22h30 Concert de Tinariwen et Erik Truffaz





