Des nuages sur le solaire en Suisse
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ENERGIES VERTES • En 2011, l’installation de nouveaux capteurs thermiques a reculé pour la première fois. Quant au photovoltaïque, il progresse mais pèse peu dans la production d’électricité.
Après un début d’été maussade, le soleil a enfin réapparu cette semaine – pas pour longtemps hélas, prédit la météo. Nul doute qu’il aura fourni une belle énergie à toutes les personnes jusqu’ici frustrées de ses rayons. De l’énergie, l’astre en fournit aussi potentiellement sans limite pour chauffer eau et immeubles (solaire thermique) ou produire de l’électricité (photovoltaïque). Mais mauvaise surprise pour ses partisans: le solaire thermique marque le pas en Suisse.
Selon le dernier recensement du marché de l’énergie solaire, la surface de nouveaux capteurs solaires installés a reculé pour la première fois en 2011. 138 000 mètres carrés de capteurs ont ainsi été posés, contre 144 000 l’année précédente. Au total, les panneaux couvraient au 31 décembre dernier une surface de 925 000 m2 et 0,7% des besoins en eau chaude et en chauffage. Pourtant, selon l’Office fédéral de l’énergie, le parc immobilier suisse pourrait être chauffé à 60% grâce au solaire...
Courbe ascendante
Le photovoltaïque a pour sa part connu une forte croissance l’an passé, avec 100 mégawatts de nouveaux panneaux installés, ce qui a permis de doubler ou presque la capacité de production du parc existant (à 210 MW). Il faut malgré tout rester modeste: en l’état, ces cellules photovoltaïques fournissent 195 millions de kilowattheures soit 0,3% du courant consommé en Suisse. Et 100 MW de plus, voilà qui fait encore pâle figure par rapport aux 7500 MW de nouveaux panneaux enregistrés en Allemagne!
Malgré la sortie annoncée du nucléaire, le solaire, sur nos monts, n’annonce pas encore son brillant réveil. D’où viennent donc ces nuages sur une énergie que l’on croyait tendance? Directeur de Swissolar, l’association suisse des professionnels de l’énergie solaire, David Stickelberger explique que le thermique souffre en partie de la concurrence du photovoltaïque: «Ce dernier peut être financé à 100% par des aides publiques, contre 30% en moyenne pour le thermique». Par ailleurs, le prix des cellules photovoltaïques a nettement baissé ces dernières années, alors que celui des capteurs thermiques demeure relativement élevé. Leur installation est chère également, car il manque d’artisans spécialistes – et de concurrence entre eux.
Eclaircie en 2014
Pour Swissolar, qui tablait sur une hausse de 10% des surfaces installées pour 2011, c’est donc un peu la douche froide, faute de capteurs en suffisance. Cela dit, «en comparaison internationale, la Suisse demeure bien placée», se console David Stickelberger. D’autant que le thermique stagne aussi à l’étranger, mais plutôt en raison de la crise du secteur de la construction.
Par ailleurs, le directeur de Swissolar attend un rebond du thermique en 2014. A cette date, les cantons vont en effet rendre obligatoire la pose de capteurs sur les nouvelles constructions ainsi que lors de travaux de rénovation, comme l’ont déjà fait Vaud et Genève. Ils vont dans le même temps augmenter l’enveloppe financière qu’ils allouent au subventionnement du solaire thermique (132 millions de francs par an aujourd’hui).
Pour le photovoltaïque aussi, Swissolar espère passer la vitesse supérieure. Et multiplier par 12 les surfaces de nouveaux panneaux d’ici à 2025. De la sorte, le solaire pourrait fournir 20% de l’électricité consommée par les Suisses. L’objectif n’est-il pas trop ambitieux? «Pas si le Conseil fédéral déplafonne la rétribution du courant à prix coûtant (RPC)», répond David Stickelberger. «Mais il faut désormais aller vite.» Les projets d’installations photovoltaïques foisonnent en effet, mais il y a bouchon auprès de Swissgrid, l’entreprise de distribution d’électricité à haute tension: 16 675 dossiers attendent une réponse, qui pourraient au total produire l’équivalent de 718 MW!
Grands immeubles visés
Le potentiel existe, reste à l’exploiter. «Celui du solaire thermique est certes moins important que celui du photovoltaïque», admet David Stickelberger. «On pourrait malgré tout le valoriser en posant des panneaux non seulement sur des maisons individuelles, mais également sur des habitations moyennes ou grandes.» Ainsi que sur le toit d’entreprises grosses consommatrices d’eau chaude, comme les laiteries ou les brasseries. I






