Lundi, 20 mai 2013

«La Suisse est une partie de leur identité»

SAMEDI 28 JUILLET 2012

BERNE • Deux associations profitent de la coïncidence entre ramadan et 1er Août pour inviter à une réunion interreligieuse. Occasion de rapprochement pour les uns, «souillure de la fête nationale» pour les autres.

Associer ramadan et 1er Août, c’est ce que proposent mercredi prochain les associations Tuos et la Communauté de chrétiens et musulmans en Suisse (GCM). Car la fête nationale tombe cette année en plein rite musulman. Insulte, comme l’écrit un site? Naïveté et trahison, comme le pense le conseiller national Oskar Freysinger? La fête aura lieu dès 18h30 à Berne, à la Maison des religions, qui met à disposition son infrastructure. Au menu, discours, buffet et grillades – avec et sans porc –, concert de musique turque. Le tout clôturé d’un feu d’artifice.
Tuos, alias «Une Suisse tolérante et ouverte», et la GCM sont deux associations interreligieuses bernoises centrées sur le dialogue christianisme-islam qui réunissent dans leurs comités respectifs entre un tiers et 50% de musulmans. Par cette initiative intitulée «Ma Suisse, ta Suisse, notre Suisse», elles cherchent à promouvoir le contact avec des musulmans «parfaitement banals», explique Nicole Maron, membre du comité de Tuos, «pour donner la possibilité aux uns et aux autres de poser des questions, même critiques, et amenuiser ainsi les éventuelles réserves mutuelles». Comme elle le rappelle, chaque musulman et musulmane a sa façon de vivre sa religion et il importe de montrer ces différences:
«Le musulman n’existe pas.»

Une pensée qui date
Mais la manifestation sucscite des réactions. Sur le site www.reduitnational.com, elle est considérée comme rien moins qu’une «souillure de notre fête nationale» et «une insulte à la volonté des Suisses». «En l’occurrence, ce site porte bien son nom, rétorquent Tuos et la GCM, soit celui d’un système de défense qui date de la Deuxième Guerre mondiale. La pensée exposée date de la même période. Et ses tenants seraient bien étonnés de voir tout ce qui peut relier ceux qui se parlent d’être humain à être humain, plutôt que de chrétien à musulman, de Suisse à étranger.» Pour Nicole Maron, de telles affirmations ne font d’ailleurs qu’entériner l’urgence du dialogue interculturel et interreligieux en Suisse. «Ces gens n’ont pas compris qu’il est possible, au XXIe siècle, de côtoyer paisiblement des personnes qui ont des origines culturelles ou religieuses autres que nous. Qu’une nationalité n’implique pas de diaboliser tout ce qui est différent. Et que, pour certains musulmans grandis ici, la Suisse est une partie de leur identité.»
De son côté, le conseiller national UDC Oskar Feysinger fulmine: «C’est n’importe quoi! Il n’est pas question d’associer la célébration de l’idéal démocratique suisse à une religion qui en est une pure trahison.» Selon lui, l’intention est totalement naïve: «Sous couvert de tolérance, on laisse un dogme totalitaire se déployer. Car, comme l’islam ne sépare pas le religieux du politique, tout acte religieux devient politique.» Tuos reste de marbre: «Célébrer une fête ensemble n’implique pas de devoir adopter les traditions et les rituels de l’autre. Mais juste d’être assis à la même table, malgré les différences.» Ce sont des personnes «et non des institutions qui ont été invitées», précise encore Nicole Maron.

Traces religieuses
Mais pourquoi associer rite religieux et 1er Août? «L’hymne national comporte bien des traces d’un enracinement chrétien, mais il ne s’agit pas de transformer la fête nationale en événement religieux», précise Nicole Maron. Un imam a pourtant été invité pour prononcer la prière rituelle de fin de jeûne. «Du coup, la fête prend un certain caractère religieux. Mais la prière aura lieu dans une salle distincte. Chacun aura la possibilité d’y assister, ce qui permet là aussi de lever des questionnements.» Le conseiller national UDC jure que le ramadan considéré comme un rite privé, sans interférence avec le public ni institutionnalisation, ne le gêne absolument pas. Pas plus que de voir chrétiens et musulmans participer ensemble à une fête du 1er Août, réunis autour du même contrat social. «Mais ces deux événements n’ont vraiment rien à faire ensemble.»
La fête se veut confessionnellement et culturellement ouverte à tous. Le Conseil de la diaspora africaine de Suisse (CDAS) a déjà annoncé
sa venue. I

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