Le Vide-Poche se fait vider
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LAUSANNE • Sécurité oblige, le Théâtre du Vide-Poche doit fermer et la Ville résilie son bail. Créé dans une vieille bâtisse de la Palud il y a quarante ans, sa réouverture est incertaine.
«Avec ses cinquante-trois fauteuils, le Vide-Poche est le cœur battant des nuits de la place de la Palud. Les compagnies du Vide-Poche et le Trac N’Art y créent des spectacles annuels. Sa scène accueille, en plus, des troupes professionnelles ou des comédiens amateurs, animés du feu sacré - celui qui brûle les planches.» Cette notice du guide «Allons-y!», édité par la Ville de Lausanne, paraît aujourd’hui bien cruelle. Depuis peu, ce «cœur battant» est très affaibli. Et, à propos de «feu sacré» qui «brûle les planches», c’est justement une question de sécurité incendie qui est en cause, dans ce bâtiment historique, propriété de la Ville de Lausanne.
Il y a quinze jours, une fois la saison 2011-2012 achevée, la gérance de la Ville enjoignait les responsables du Théâtre du Vide-Poche d’y cesser toute activité: la salle est frappée d’une interdiction d’exploiter. «Nous avons aussi reçu une résiliation du bail, sans précision des motifs, sauf qu’il est indiqué que le bâtiment serait dangereux», rapporte Grégoire Narbel, responsable du théâtre. «Comme nous n’avons pas eu d’autre information, nous avons fait opposition à la résiliation.» Qui sait où seront joués les prochains spectacles programmés en septembre, à la reprise de la saison 2012-2013? Un festival de contes et un spectacle monté par des enfants handicapés affichaient tous deux déjà complet.
«Les bâtiments de la Ville sont inspectés tous les cinq ans par des spécialistes de la sécurité incendie et nous sommes abasourdis de nous faire mettre dehors si vite», poursuit Grégoire Narbel. La dernière inspection date de mai. La petite bâtisse du XVIIe siècle est portée par une structure entièrement en bois. Elle abrite aussi un café-restaurant et quelques locataires, qui ne sont pas menacés.
Place de la Palud 10, à un jet de pierre de l’Hôtel de Ville, le Vide-Poche est le plus centré des théâtres lausannois. En 1967, la Compagnie des comédiens ouvriers y naissait, sous l’égide de l’Union syndicale lausannoise, qui y avait son siège. C’est depuis 1974 que le Théâtre du Vide-Poche existe sous ce nom. Aujourd’hui encore, il est géré par le centre socioculturel de la faîtière syndicale, Pôle Sud, dont Grégoire Narbel est employé. «Nous tenons à son existence. Il fait partie intégrante de la scène théâtrale lausannoise.»
Une rencontre est prévue dans quelques semaines avec le municipal de la culture et du logement, Grégoire Junod, et ses services. «La visite effectuée a révélé une non-conformité criante aux normes de sécurité incendie», explique le socialiste. «Certes, le problème n’est pas nouveau, mais au vu du rapport qui nous est parvenu, il y a obligation d’intervenir. Avant de nous engager pour des travaux, nous attendons un rapport complémentaire de l’Etablissement cantonal d’assurance. Le théâtre, qui se trouve au premier étage, n’a qu’une entrée.»
Dans une maison aussi ancienne, la facture pourrait être salée: «La priorité est de préserver les activités du Vide-Poche sur le lieu actuel, pour autant que le coût des travaux soit raisonnable.» Un devis est donc attendu avec impatience. Dans l’immédiat, le Théâtre du Vide-Poche attend aussi de savoir sur quelle scène il va pouvoir montrer ses spectacles. I





