L’inquiétante montée de l’ultradroite
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Outre le pique-nique néonazi de samedi, Artam Brotherhood, dont un sympathisant est suspecté d’avoir donné un coup de couteau à un musicien punk antifasciste, prévoirait par la suite d’autres réunions de ce type. Dont une «fête du cochon» fin septembre, où la célébration de mets porcins doit symboliser toute la haine que ces ultras vouent aux musulmans.
L’invitation est notamment postée sur le site du groupe radical Genève Non Conforme, à qui l’on doit la venue dans le canton de l’essayiste français Alain Soral. Son discours nauséabond avait attiré pas moins de trois cents personnes! Ces militants sont aussi connus pour leur participation à la milice antibonneteau, qui s’est fait un devoir de pallier les prétendus manques de la police. Fin 2011, un incendie ravageait un magasin de la culture alternative. La liste des méfaits de l’ultradroite n’est évidemment pas exhaustive, mais elle témoigne d’une montée inquiétante de cette mouvance.
Pour les spécialistes, elle est en tout cas manifeste en Suisse, et à Genève en particulier, dont la position transfrontalière en fait un lieu privilégié. Mais le politique ne semble pas prendre la mesure du phénomène. Tout juste Pierre Maudet se contente-t-il d’une formule d’usage creuse. La police, de son côté, affûte ses matraques en cas de dérapage samedi, mais n’est pas inquiète outre mesure. Quant aux partis, ils ne se sont pas beaucoup émus de l’agression au couteau qui a failli coûté la vie à un militant antifasciste.
Artam Brotherhood, de son côté, multiplie les provocations. La tension ne cesse de monter et, selon la logique de rue, c’est avec les poings que les ultras de droite perdront du terrain et que leur élan sera freiné.
Deux semaines après la rixe, la justice a relâché les deux suspects dans son collimateur. La mesure est probablement juste, respectant la présomption d’innocence et un Code de procédure devenu heureusement plus strict en matière de détention préventive. Mais elle a donné des ailes aux ultras et conforté le sentiment des antifascistes selon lequel ils ne devraient compter que sur eux-mêmes pour lutter contre la gangrène brune – et se protéger. Le fait que la police renvoie les protagonistes dos à dos n’a rien pour arranger l’affaire.
Heureusement, les antifascistes ont jusque-là choisi de protester pacifiquement contre la montée de l’extrême droite, mais cela ne va pas de soi, car certains veulent en découdre et iraient volontiers traquer du néonazi.
Il ne s’agit pas de se montrer trop alarmiste, mais la commémoration, dimanche passé en Norvège, du carnage perpétré par l’extrémiste Breivik devrait réveiller les consciences.





