Pierre Lamoureux, un drôle d’oiseau
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THÉÂTRE • Sur la scène genevoise de l’Orangerie, le danseur et comédien français pare de dérision le récit soufi de «La Conférence des oiseaux». Bluffant.
Ces plumes pourraient être les siennes, tombées au sol. Paradis blanc, duveteuses, pareilles à une nappe cotonneuse de cumulonimbus que l’on entreverrait du hublot d’une carlingue, elles tapissent la scène genevoise du Théâtre de l’Orangerie où se joue La Conférence des oiseaux jusqu’à dimanche. A mi-chemin entre ciel et terre, Pierre Lamoureux y incarne à lui seul le ballet des créatures ailées composé au XIIe siècle par le poète persan Farid Uddin Attar. Sur un air de bossa nova pour commencer, dans une atmosphère légère de plumes de carnaval.
Danseur au torse nu, conteur, mime et comédien, Pierre Lamoureux endosse l’habit du héron, du moineau, du canard, de la perdrix, du rossignol... La trentaine d’espèces que le récit initiatique réunit dans plus de 400 pages embarque dans une quête mystique pour le royaume du Simorgh. Un prétexte pour saisir au passage, tout droit vers l’oiseau-roi, les délices mais aussi les sombres bassesses de l’âme humaine, sa cupidité, sa lâcheté, ses craintes et vulnérabilités. La perdrix ne tombe-t-elle pas amoureuse des pierres précieuses car celles-ci sont un gage d’éternité?
En 1979 déjà, lorsque Peter Brook monta La Conférence des oiseaux à Avignon pour plusieurs comédiens – on n’en compte plus les versions théâtrales –, l’adaptation du texte était signée Jean-Claude Carrière. Au personnage central de la huppe – messagère coranique du roi, qui préserve en outre du mauvais œil –, le scénariste français a confié le rôle de conteur. Celui-ci traverse les péripéties de l’oiseau, quel qu’il soit. Corps et verbe agiles, Pierre Lamoureux en campe les postures avec dérision, pour mieux rire de soi – singeant une perruche tout droit sortie de La Cage aux folles ou un hibou, la mainmise sur ses trésors, emprunté aux grands classiques du dessin animé. Quand il ne roucoule pas d’un accent italien qui fait surgir d’une traite la mafia d’Al Capone arme au poing.
Aux temps médiévaux, le poète a choisi l’oiseau, symbole de liberté, pour mieux révéler la servitude de l’homme. La parole soufie portée par Pierre Lamoureux depuis une dizaine d’années s’enroule autour de son corps, qui tourne par instants sur lui-même comme les derviches pour trouver la voie de la méditation. Sa gestuelle chorégraphique n’a pas l’emprise créative d’une démarche artistique. Mais elle est le véhicule d’une pensée qui nous ramène à nous-mêmes.
Jusqu’au 29 juillet, ce soir et sa 20h, ve et di 19h. Rés: tél. 022 700 93 63, www.theatreorangerie.ch





