Mobilisation contre le pique-nique néonazi
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

ANTIFASCISME • Les antifascistes organisent samedi une journée de «combat culturel», «en l’absence de réaction de l’Etat» face à la montée de l’extrême droite.
«Antifa Action Day», l’affiche est visible à l’Îlot 13, dans la rue et sur les réseaux sociaux. Ce samedi, la mouvance antifasciste genevoise organise une journée de protestation contre la montée de l’extrême droite, avec stands d’information, souper et concerts. Le jour n’est pas choisi au hasard: un pique nique néonazi est annoncé à la même date. Ces actions prennent place un mois après l’agression d’un punk à la Fête de la musique par un néonazi, qui avait donné lieu à une manifestation non violente réunissant environ 450 personnes.
«Nous ne nous cachons pas et revendiquons la légitimité de nos actions», déclare un militant qui défend le principe du «combat culturel» antifasciste. Une démarche jugée insuffisante par certains, qui souhaiteraient une action plus musclée contre l’extrême droite. Depuis l’agression, la tension augmente entre néonazis et antifascistes. La libération des deux suspects interpellés, qui intervient conformément aux nouvelles lois relatives à la détention provisoire, suscite un sentiment d’injustice: «Un homme a failli mourir après avoir reçu trois coups de couteau. Comment comprendre que l’agresseur soit relâché deux semaines après? Puisque l’Etat ne s’en occupe pas, c’est donc à nous d’assurer notre sécurité? Cette question n’est pas valable uniquement pour les antifascistes, elle concerne aussi ceux qui peuvent être victimes d’agressions racistes», déclare Sébastien, militant antifasciste, avant d’en appeler à une prise de conscience des autorités: «L’Etat ferme les yeux sur un problème qui prend de l’ampleur. Il y a eu notre défilé pacifiste, il y aura la journée de protestation samedi, tant que les autorités ne barreront pas la route aux extrémistes de droite, nous prendrons le relais.»
«Le risque de confrontation est faible»
Loin des préoccupations de la rue, le porte-parole de la police cantonale genevoise Eric Grandjean évoque les actions de samedi: «Actuellement en phase de collecte d’informations, nous serons très attentifs à ce qui peut se dérouler; des hommes seront prêts si nécessaires. Nous estimons toutefois que le risque de confrontation est faible et ne pouvons pas affirmer que le pique nique néonazi aura lieu. Nous ne redoutons en outre pas la venue massive d’antifascistes d’autres villes.» Et le porte-parole de rappeler la mission de la police par rapport aux groupes politiques radicaux, indépendamment de leur coloration spécifique: «Notre mission s’inscrit dans deux perspectives, maintenir l’ordre public en évitant les débordements de violence et assurer la sécurité de l’Etat. A ce niveau, nous surveillons les néonazis comme les antifascistes.» Le porte-parole ne se prononce pas sur l’ampleur de la mouvance antifasciste genevoise, mais il évoque le cas d’Artam Brotherhood: «Nous connaissons ce groupe, que nous suivons avec attention. Il est composé de quelques dizaines de personnes.» Nouveau chef du Département de la sécurité, Pierre Maudet fait savoir par son responsable de communication qu’il n’estime pas la situation particulièrement tendue: «Nous prenons la chose au sérieux mais ne voulons pas réagir avec excès. Genève n’est pas sur le pied de guerre.» Un avis qui n’est pas partagé par les scènes alternatives. I
L’inquiétante montée de l’ultradroite
Outre le pique-nique néonazi de samedi, Artam Brotherhood, dont un sympathisant est suspecté d’avoir donné un coup de couteau à un musicien punk antifasciste, prévoirait par la suite d’autres réunions de ce type. Dont une «fête du cochon» fin septembre, où la célébration de mets porcins doit symboliser toute la haine que ces ultras vouent aux musulmans. L’invitation est ...L’extrême droite prend ses aises
La libération des deux suspects néonazis donne des ailes aux différents groupuscules d’extrême droite. Sur le site d’Artam Brotherhood, le ton est aux insultes provocatrices: un communiqué taxe les antifascistes de «cloportes» et «putes à redskin», se moque des investigations de la police et appelle à rendre la Suisse aux «vrais Helvètes». Ce dernier mois, plusieurs nouveaux événements ont été annoncés. Une «fête du cochon» dont l’esthétique rappelle les soupes identitaires françaises stigmatisant la communauté musulmane doit avoir lieu fin septembre à la «La Taverne de Fenrir», un repaire tenu secret. Un cours de boxe est également prévu à Genève dans un lieu non spécifié. Ailleurs, un blog a incité à la traque de militants antifascistes en publiant leurs noms et photos, avant d’être fermé sur demande des concernés. Sur le site de Genève Non Conforme, groupuscule d’extrême droite qui a notamment invité le sulfureux Alain Soral, on peut lire le slogan suivant: «Genève, c’est mieux maintenant».






