Mercredi, 22 mai 2013

Markus Theunert démissionne déjà

MERCREDI 25 JUILLET 2012

Double casquette • Accusé de défendre la pornographie à l’école, le délégué à la condition masculine a eu beau tenter de rectifier. Le canton de Zurich, son employeur, n’a plus voulu de lui et de son mandat de lobbyiste.

Des propos datant d’octobre 2011 ont coûté son poste au délégué à la condition masculine du canton de Zurich, premier du genre en Suisse. Markus Theunert, psychologue et sociologue de 39 ans, a remis son mandat hier, trois semaines après son entrée en fonction, le 2 juillet. Il n’a pas voulu se plier à l’ultimatum que lui fixait son employeur, le Département de l’intérieur et de la justice du canton de Zurich, de démissionner de la présidence de l’association «masculinités.ch» (ou «männer.ch») pour continuer à occuper les 80% du poste de collaborateur scientifique chargé de la condition masculine au sein du bureau cantonal de l’égalité (notre édition du 23 juin).

En fait de propos incriminés, il s’agit de la prise de position de «männer.ch» à la procédure de consultation sur la future interdiction de la prostitution des mineures et mineurs, toujours en cours de traitement à Berne. L’association y glisse des commentaires généraux sur l’éducation sexuelle et déclare entre autres que, étant donné l’accès aujourd’hui très facile à la pornographie, il n’est plus raisonnable d’interdire, comme le fait le Code pénal actuellement, aux parents et aux professeurs d’éducation sexuelle d’aborder le sujet avec leurs enfants et de leur montrer des scènes pour en parler avec eux, pour autant que les mineurs soient d’accord et que le cadre soit adéquat.

Sous le titre «Le lobby des hommes en faveur du porno à l’école», la «NZZ am Sonntag» a ressorti ce passage le 15 juillet, soit quatre jours après le refus du Conseil d’Etat de supprimer le bureau de l’égalité, comme le demandaient trois députés UDC dans un postulat déposé juste après la nomination de Markus Theunert début mars. Après l’article, les intéressés ont rappelé le contexte et insisté sur la double casquette de Markus Theunert.

Selon Helena Trachsel, directrice du bureau de l’égalité zurichois et à l’origine de la création du poste de délégué masculin, rien n’y a fait. Les protestations ont continué à s’abattre sur le bureau. Avec le secrétaire général du département, Christian Zünd, elle a expliqué hier avoir «demandé à Markus Theunert de choisir entre mettre son cœur à 100% dans son association ou à 100% dans son poste de délégué.»

«Je n’ai pas pu et pas voulu choisir», a expliqué Markus Theunert, visiblement affecté par la polémique. Tant les responsables cantonaux que le sociologue admettent avoir sous-estimé les possibles tensions entre les deux fonctions. «Mais j’avais toujours dit que, si j’étais prêt à réduire la visibilité de mon mandat de président, je n’étais pas prêt à l’abandonner.» Co-initiateur de la journée des pères en 2007, Markus Theunert est un lobbyiste-né. C’est d’ailleurs aussi son réseau qui lui a valu de décrocher le poste – et qui se retourne aujourd’hui contre lui.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a mis son employé devant un choix qui ressemble à ceux contre lesquels femmes et hommes se battent au nom de… l’égalité – choisir entre la famille et le travail – Helena Trachsel réfute la comparaison. «Il ne s’agit pas de cela, mais de possibles conflits entre un mandat politiquement délicat et une organisation privée.» La directrice ne remet du reste pas en question les compétences de Markus Theunert, «incontestées», dit-elle.
Helena Trachsel ne veut pas parler d’échec. «Tout travail pionnier est lié à des risques. Je suis convaincue que les hommes doivent participer au travail d’égalité. Mais tous les bureaux d’égalité qui cherchent à engager des hommes sous l’étiquette de collaborateur scientifique font chou blanc. La fonction de «délégué à la condition masculine» permet de rendre le poste attractif et visible». Selon elle, le poste sera remis au concours après les ­vacances. I

 
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