Chacun cherche sa place
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Dans la jungle, la raison du plus fort est toujours la meilleure. Pénurie oblige, le secteur de la petite enfance à Genève n’échappe pas à cette règle. La Cour des comptes, dans son rapport paru en mars 2012, prévenait contre le risque de «fraude», provoqué par l’absence totale de contrôle sur l’octroi des places de crèche. La disparité des pratiques et le manque de vision cantonale de la situation donnent aux institutions de la petite enfance, associatives pour la plupart, une liberté presque complète. Comme le montre notre enquête, la Ville de Genève – parmi d’autres communes – n’est pas en mesure d’écarter le risque de copinage.
Dans ce contexte, chaque famille tente de tirer son épingle du jeu. Qui en harcelant les standards téléphoniques, qui en étalant son désarroi dans un bureau de directrice. Force est de constater que ces démarches de dernier recours peuvent payer, mais sont loin de la prétendue égalité de traitement prônée par les communes. La désolation des parents tire donc son origine dans l’opacité du dispositif, et pas uniquement dans la complexité des critères de priorisation des dossiers.
La réalité montre que les plus habiles, ainsi que les personnes qui disposent d’un réseau, obtiennent gain de cause. On ne fera pas le parallèle avec l’immobilier, un secteur privé gangrené par la pratique du piston. Mais les témoignages que nous avons récoltés démontrent que le copinage a cours.
Bien sûr, tant que les communes et le canton ne construiront pas suffisamment de places de crèche, rien n’arrêtera le sentiment d’injustice qui gagne les familles. La population a voté en juin dernier un projet en faveur d’une politique active dans le domaine de la petite enfance. Espérons qu’il soit suffisamment contraignant pour que les collectivités rattrapent leur retard et traduisent concrètement leur discours sur la famille moderne.
En attendant, les communes ont aussi le choix d’intégrer les crèches subventionnées dans la fonction publique. La municipalisation des institutions permet au politique de garder la main sur le processus d’attribution. La Ville de Genève attend cette réforme depuis une décennie, bloquée à plusieurs reprises pour son coût important. L’effort financier qu’elle impose, au plan salarial essentiellement, est pourtant compensé par un gain en termes de transparence et de qualité de vie. De réputation aussi.





